
Le phoque Kroshik disparaît des radars alors qu’Argos s’en va de la Russie
Publié le 20.10.2026 à 15h42 – Par Andrei Kuznetsov – Temps de lecture 4mn
Le Phoque Kroshik cessera d’être suivie à cause du départ d’Argos.

Contexte historique du phoque de Ladoga
Le phoque de Ladoga, une sous‑espèce de loup de mer, a longtemps été un indicateur clé de la santé des écosystèmes lacustres de la région. Depuis les années 1970, les scientifiques ont suivi son évolution pour comprendre les impacts du changement climatique sur les habitats aquatiques. Les premières études ont montré que ces animaux étaient particulièrement sensibles aux variations de la température de l’eau et à la disponibilité de la nourriture. Le suivi par satellite, introduit dans les années 2000, a permis d’obtenir des données précises sur les migrations et les comportements de reproduction.
Un phoque de Ladoga, surnommé « Kroshik », disparaît des écrans scientifiques
Le mâle du phoque de Ladoga à anneaux, connu sous le nom de « Kroshik », l’un des représentants les plus célèbres de cette sous‑espèce classée en danger, sera bientôt hors de portée des chercheurs. À partir du 1 novembre, la société française Argos, qui fournit la télémétrie par satellite, cessera de desservir les abonnés en Russie. Cette décision a été communiquée par le Fonds des amis du phoque de la Baltique.
Enjeux de la perte du suivi Argos (Le système Argos est un dispositif mondial de localisation et de collecte de données par satellite entièrement dédié à l’étude et à la protection de l’environnement.)
La décision d’Argos de cesser de desservir la Russie crée un vide important dans la collecte de données. Sans transmission satellite, les chercheurs ne pourront plus suivre les déplacements quotidiens de Kroshik ni d’autres espèces protégées. Cela limite la capacité à détecter rapidement les changements de comportement liés aux facteurs environnementaux ou aux menaces anthropiques, comme la pollution ou la chasse illégale. De plus, la perte de données historiques empêche les comparaisons longitudinales essentielles pour évaluer l’efficacité des mesures de conservation mises en place.
Pour Kroshik, qui n’est revenu que début septembre dans la zone ouverte de Ladoga après dix ans de vie dans un centre de réhabilitation, cela signifie la fin de la surveillance de ses déplacements. De plus, comme le souligne le fonds, toutes les opérations de suivi des animaux sauvages par satellite en Russie seront interrompues.
L’histoire de Kroshik débute au printemps 2016, lorsqu’un petit nourrisson épuisé et gelé a été retrouvé près du village de Svirtitsa, dans la région de Leningrad. Son poids extrêmement faible lui a valu son surnom. Grâce à un transmetteur satellite, les spécialistes ont découvert qu’il pouvait parcourir jusqu’à 90 kilomètres en une journée, fournissant des données scientifiques précieuses sur les capacités de l’espèce. Une autre protégée du fonds, le phoque de la Baltique « Malyshka Khita », relâchée dans la nature en 2009, fut l’un des premiers mammifères marins en Russie à être équipée d’un transmetteur Argos. Kroshik, quant à lui, figurait dans la dernière série de clients de la société française.
Le projet de développement d’un réseau de surveillance national, porté par le fonds « Lac Baïkal » et l’Agence des initiatives stratégiques, vise à combler le déficit laissé par Argos. En s’appuyant sur la plateforme Yandex Cloud, les chercheurs espèrent créer un système capable de traiter en temps réel les signaux provenant de capteurs terrestres et satellites. Ce dispositif pourrait également être étendu à d’autres espèces menacées, renforçant ainsi la capacité de la Russie à répondre aux exigences internationales en matière de protection de la biodiversité.
La cessation d’Argos menace l’ensemble des recherches utilisant le suivi satellite. En conséquence, le fonds « Lac Baïkal » et l’Agence des initiatives stratégiques (ASI) ont convenu de développer un système national de surveillance satellite des animaux. Le partenaire technologique du projet sera la société Yandex Cloud, qui, à titre non commercial, aidera à traiter les données et à prévoir les déplacements. En Russie, des capteurs et des traqueurs sont déjà fabriqués pour recueillir des informations sur l’état des animaux, mais des difficultés techniques liées à leurs dimensions et à leur fonctionnement empêchent les chercheurs d’obtenir des données fiables pour un suivi de qualité. De plus, le pays dispose d’une infrastructure terrestre pour recevoir les signaux satellites, notamment le système « Gonets ».
Le phoque de Ladoga à anneaux figure dans le Livre rouge de la Russie. Elle habite la région de Ladoga, et quelques individus se retrouvent également dans la Neva et la mer Baltique. Aucun recensement précis n’a été réalisé depuis longtemps, mais la population est estimée à 5 000–7 000 individus. Kroshik, revenu à la nature, reste l’un des représentants les plus célèbres de cette sous‑espèce, et son avenir dépend désormais de la capacité de la Russie à créer rapidement son propre système de suivi.
À court terme, les scientifiques devront recourir à des méthodes de suivi alternatives, telles que les caméras fixes ou les balises acoustiques, pour maintenir une surveillance de base. À moyen terme, la mise en place du réseau national pourrait permettre de récupérer une partie des données perdues et d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche. Enfin, la réussite de ce projet dépendra de la coopération entre les institutions publiques, les entreprises technologiques et les ONG, ainsi que de la disponibilité de financements suffisants pour soutenir la maintenance et l’évolution du système.
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