
Ramallah menacée d’isolation par la réouverture de la route 463 aux colons israéliens
Publié le 20.10.2026 à 13h02 – Par Pauline Dupont – Temps de lecture 4mn
L’armée israélienne se prépare à rouvrir la route 463 aux colons. Cette décision risque d’isoler huit villages et deux quartiers, fragmentant le gouvernorat de Ramallah et d’el‑Bireh, où vivent près de 400 000 Palestiniens.

Contexte historique de la route 463
La route 463 a été construite dans le cadre de l’expansion des colonies israéliennes au début des années 1990, après la signature des Accords d’Oslo. Elle reliait alors les colonies de Beit El et de Dolev, situées sur la rive ouest du Jourdain, à la ville de Ramallah. Depuis la seconde Intifada, la voie a été fermée pour limiter les déplacements des colons et préserver la sécurité des populations palestiniennes. La décision de rouvrir cette route intervient donc dans une longue histoire de tensions liées aux infrastructures de colonisation.
L’armée israélienne s’apprête à rouvrir aux colons la route 463, un axe de dix kilomètres traversant le nord de Ramallah et d’el‑Bireh. Cette mesure, selon plusieurs sources, menacerait d’isoler huit villages palestiniens et deux grands quartiers résidentiels, tout en séparant le nord et le sud du gouvernorat.
Une route au cœur de la fragmentation
Construite au milieu des années 1990 pour relier les colonies de Beit El et de Dolev, la route 463 avait été fermée après le déclenchement de la seconde Intifada. Sa réouverture s’inscrit dans un budget d’infrastructures de 1,075 milliard de shekels (environ 355 millions de dollars) destiné aux colonies, illégales au regard du droit international.
Enjeux pour les populations palestiniennes
La réouverture de la route 463 aurait pour effet immédiat de couper les liaisons entre le nord et le sud du gouvernorat de Ramallah et d’el‑Bireh. Les villages mentionnés – Surda, at‑Tira, Ein Qiniya, Ras Karkar, Deir Ibzi et Ein Arik – se retrouveraient isolés, contraints de recourir à des routes secondaires déjà saturées. Cette fragmentation géographique fragilise les services publics, l’accès aux écoles et aux hôpitaux, et augmente la vulnérabilité des populations locales face aux contrôles de sécurité israéliens.
La Commission de résistance à la colonisation et au mur, affiliée à l’OLP, dénonce une « politique systématique visant à démanteler la contiguïté géographique et démographique palestinienne ». Des dizaines de milliers d’habitants seraient contraints d’emprunter une route alternative déjà saturée près du camp de Jalazone. Les villages de Surda, at‑Tira, Ein Qiniya, Ras Karkar, Deir Ibzi ou Ein Arik seraient particulièrement touchés.
Jamal Juma, coordinateur de la Campagne populaire de résistance au mur et aux colonies, estime que la réouverture « encerclerait complètement la partie ouest de Ramallah ». Sur X, l’Association France Palestine Solidarité avait déjà alerté le 1er octobre en soulignant que « l’armée et les colons israéliens collaborent pour rouvrir la route 463 réservée aux colons et rompre la continuité territoriale ».
Les autorités palestiniennes, représentées notamment par le maire Munif Treish, ont déclaré que la majorité du tracé se trouve en zone B, sous administration civile palestinienne. Ils considèrent la réouverture comme une violation des accords d’Oslo II et un acte de colonisation illégal. Sur le plan international, plusieurs organisations non gouvernementales et certains États membres de l’Union européenne ont exprimé leur préoccupation, mais aucune mesure concrète n’a encore été adoptée pour contrecarrer la décision israélienne.
L’armée et les colons israéliens collaborent pour rouvrir la route 463 réservée aux colons et rompre la continuité territoriale. Selon Jamal Jumaa de @stopthewall, elle divisera Ramallah en coupant les universités dont Birzeit du reste de la ville.
Munif Treish, maire d’El‑Bireh, rappelle que 95 % du tracé se situe en zone B, placée sous administration civile palestinienne selon les accords d’Oslo II. Il y voit une « violation flagrante » des engagements pris avec l’OLP et une « menace existentielle » pour 250 000 Palestiniens. La municipalité promet de mobiliser tous les moyens légaux pour s’y opposer tandis que la mobilisation internationale, notamment au sein de l’UE, ne semble pour l’heure pas produire d’effets.
Les discussions se poursuivent au sein de la Commission de résistance à la colonisation et au mur, ainsi que dans les forums de la communauté internationale. Les Palestiniens mobilisent des recours juridiques et des campagnes de sensibilisation pour empêcher la mise en œuvre de la route. Les délais précis pour la réouverture restent incertains, mais les autorités locales continuent de surveiller de près les développements afin de protéger les droits fondamentaux de leurs concitoyens.
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