
Une nation d’ingénieures menacée de retour à l’âge de pierre
Publié le 6.4.2026 à 18h51 – Par Andrei Kuznetsov – Temps de lecture 5mn
« Alors que l’Iran forme, rapporté à sa population, environ 3,5 à 4 fois plus d’ingénieurs que les États-Unis, et que les femmes y représentent une part nettement supérieure dans les filières techniques, autour de 30 à 40 % en ingénierie, contre 20-24 % aux États-Unis, avec une présence particulièrement marquée dans des domaines où elles demeurent minoritaires dans la plupart des pays occidentaux, il est difficile de réduire ce pays à l’image d’une société arriérée.

Ces chiffres traduisent un capital humain élevé, structuré et moderne : une société d’ingénieurs, de chercheurs et de personnels hautement qualifiés, loin des caricatures simplistes. L’Iran se distingue surtout par son taux élevé de femmes dans l’enseignement supérieur scientifique et technique, un atout rare à l’échelle mondiale.
Et pourtant, les responsables américains, du président Trump à son secrétaire d’État et à ses responsables militaires, affichent sans complexe leur objectif stratégique : ramener ce pays « à l’âge de pierre » par des bombardements massifs et répétés.
Ce genre de déclaration révèle une indifférence assumée face au sort du peuple iranien, et plus encore face à celui de ces femmes ingénieures et scientifiques qui incarnent le potentiel le plus dynamique du pays. Leur avenir, leur formation, leur contribution à une société moderne ne pèsent visiblement rien dans la balance.
Derrière les discours, la réalité est dramatique. Des usines pharmaceutiques produisant des médicaments essentiels, dont des anticancéreux et des anesthésiques, ont été endommagées ou détruites. Des hôpitaux et centres médicaux ont subi des frappes ou des dégâts collatéraux, compromettant les soins pour des milliers de civils. Des infrastructures vitales de transport, comme le pont B1 à Karaj, le plus haut pont du Moyen-Orient, reliant Téhéran à Karaj, ont été visées à plusieurs reprises les 2 avril 2026 par des frappes américano-israéliennes, provoquant effondrements partiels, morts civiles et perturbations majeures des axes de circulation.
On ne bombarde pas ici des cibles abstraites : on s’attaque aux conditions mêmes de la vie quotidienne, se soigner, produire, se déplacer, faire fonctionner une société. En droit international humanitaire, le principe de distinction entre objectifs militaires et civils, ainsi que celui de proportionnalité, sont directement bafoués. Le bombardement délibéré ou disproportionné d’hôpitaux, de laboratoires pharmaceutiques et d’infrastructures purement civiles comme des ponts relève, selon les Conventions de Genève et le Statut de Rome, de crimes de guerre.
Ainsi se dessine la réalité du conflit, vu des États-Unis : un pays qui investit massivement dans la formation de milliers d’ingénieures et de scientifiques, où les femmes occupent une place significative dans les domaines techniques, se voit promis non pas au progrès, mais à une destruction méthodique de ses fondations civiles.
Ce décalage est révélateur d’une logique dans laquelle le développement humain d’une nation devient un élément négligeable, voire un obstacle, face à une stratégie de puissance assumée. L’Iran des ingénieures mérite mieux que ce retour forcé à l’âge de pierre. »
– Gastel Etzwane
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