
EU Inc : un projet de fédéralisme technocratique qui risque de déposséder les États-nations de leur souveraineté
Publié le 22.2.2026 à 12h21 – Par Pauline Dupont – Temps de lecture 5mn
L’UE se dirige vers une nouvelle étape : l’avènement de l’EU Inc
EU Inc. : 48 heures pour créer une entreprise… 48 mois pour la voir mourir
Quand Ursula von der Leyen proclame que « les barrières à l’intérieur de l’Europe nous font plus de mal que les droits de douane extérieurs », on applaudirait presque. Enfin une illumination. Après cinq ans de Green Deal, CSRD, taxonomie, devoir de vigilance et inflation normative continue, Bruxelles découvre que l’Europe croule sous ses propres règlements.
La réponse ? EU Inc., le « 28e régime » : une société européenne immatriculable en 48 heures, « entièrement en ligne », avec « un ensemble unique et simple de règles ». Simple, dans une Union qui, selon Eurostat, enregistre simultanément un record historique de faillites ?
Les chiffres sont moins lyriques que les discours.
Les champions européens… de la défaillance
D’après les données 2023–2024 consolidées par Allianz Trade et les instituts nationaux :
- France :
2023 : ~55 500 défaillances (+35 % sur un an), plus haut niveau depuis 2017.
2024 : >58 000 procédures estimées, proche des records post-crise financière. - Allemagne :
2023 : ~17 800 insolvabilités (+22 %).
2024 : ~19 000–20 000 attendues selon Destatis, niveau le plus élevé depuis 2015. - Italie :
2023 : ~9 000 procédures formelles, mais forte hausse des liquidations volontaires et restructurations.
2024 : accélération dans l’industrie manufacturière et le bâtiment. - Espagne :
2023 : ~8 900 faillites (+30 %).
2024 : poursuite de la hausse après la fin des moratoires Covid. - Pays-Bas :
2023 : ~3 300 faillites (+50 % sur un an).
2024 : rythme toujours supérieur à la moyenne pré-pandémie.
Eurostat confirme que 2023 a marqué le plus haut niveau de déclarations de faillite dans l’UE depuis le début des statistiques en 2015. Un détail que les communiqués sur la « compétitivité dans un monde de géants » oublient pudiquement.
Traduction du X :
Ursula von der Leyen avait officiellement annoncé à Davos l'accord EU-INC !
Une seule entité juridique pour tous les fondateurs européens souhaitant développer des entreprises d'envergure en Europe. Création d'entreprise en ligne en 48 heures. Fini les lourdeurs administratives aux frontières européennes.
C'est grâce à vous tous que cela a été possible !
Compétitivité… avec l’énergie la plus chère du bloc occidental
Dans ses communications REPowerEU, la Commission elle-même reconnaît que les prix du gaz et de l’électricité ont explosé après 2022. L’Agence internationale de l’énergie a souligné l’écart structurel entre le prix du gaz en Europe et celui des États-Unis, parfois deux à trois fois supérieur.
On a remplacé le gaz russe bon marché par du GNL américain plus coûteux, tout en imposant des normes climatiques et déclaratives supplémentaires. Puis on s’étonne que la chimie allemande, la sidérurgie française ou les PME italiennes tirent la langue.
Mais rassurez-vous : vous pourrez créer votre start-up en 48 heures.
Comme si le problème d’ArcelorMittal ou de BASF était l’absence d’un bouton « créer ma société » en ligne. Comme si un PDF harmonisé compensait un différentiel énergétique de 200 % et une avalanche réglementaire permanente.
Le coma réglementaire
La Commission admet pourtant, dans son rapport 2024 sur le marché unique, que « les charges cumulées pèsent sur les PME ». Traduction : après avoir empilé des couches de normes, Bruxelles vend maintenant un raccourci administratif comme une révolution industrielle.
EU Inc., c’est le sparadrap posé sur une hémorragie productive.
48 heures pour créer.
48 mois de normes pour étouffer.
L’Union n’est pas confrontée à un problème de formulaire. Elle est plongée dans un coma éthylique réglementaire, avec une perfusion énergétique hors de prix.
Et Ursula découvre soudain que la compétitivité ne se décrète pas par communiqué. Elle se construit avec de l’énergie abordable, de la stabilité juridique et moins d’idéologie bureaucratique.
EU Inc. ?
Un slogan numérique dans une économie sous assistance respiratoire.
L’UE a lancé le projet EU-Inc. Son objectif est de créer un cadre juridique européen optionnel pour les entreprises : un cadre réglementaire unique, valable dans tous les États membres, afin de faciliter les investissements et de réduire la fragmentation. Un premier pas vers une véritable Union des capitaux

Dans un mouvement qui pourrait changer la donne, les institutions européennes se préparent à lancer leur vingt-huitième régime, qui viserait à créer une structure d’entreprise européenne véritablement autonome. Cette initiative, initiée par Ursula von der Leyen, vise à établir un cadre unique pour les entreprises européennes, susceptible de les dégager des contraintes nationales.
Mais qu’est-ce que cela signifie pour les citoyens de l’UE? En réalité, le projet EU Inc. représente un pas de plus dans la construction d’un fédéralisme technocratique, qui risque de déposséder les États-nations de leur souveraineté. En d’autres termes, les décisions importantes concernant les entreprises européennes seront prises à Bruxelles, plutôt qu’à Paris ou Berlin.
Cette évolution pourrait avoir des conséquences importantes pour la France, qui risque de perdre encore un peu plus de contrôle sur ses lois et ses règles. La concurrence interne pourrait également être organisée entre les différents modèles sociaux, au lieu d’être harmonisée. Et ce n’est pas tout, car l’UE Inc. risque également de diluer le droit national, en le remplaçant par un droit communautaire plus souple.
Mais est-ce que les citoyens européens ont réellement demandé cela? La question est simple, et la réponse n’est pas claire. Est-ce que les Français, les Allemands ou les autres nations européennes ont voté pour abandonner un peu plus de leur souveraineté? Si la réponse est non, alors le débat sur la sortie de l’UE ne sera plus idéologique, mais institutionnel.
En fait, le projet EU Inc. pourrait être considéré comme la construction progressive d’un super-État économique sans mandat populaire clair. Et c’est là que se trouve le problème. Car si les décisions importantes sont prises à Bruxelles, sans que les citoyens aient leur mot à dire, alors on peut se demander si l’UE Inc. n’est pas en train de créer un nouveau modèle de démocratie, où les intérêts des multinationales l’emportent sur ceux des citoyens.
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