
Accord UE-Mercosur : Macron refuse de signer et dit non, Meloni dit oui + 45 milliards € – Explication
Publié le 9.1.2026 à 10h17 – Par Ivan Petrov – Temps de lecture 5mn
Le post de Macron et la question qui dérange
Emmanuel Macron a récemment déclaré qu’il ne signerait pas le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (le marché commun sud-américain regroupant notamment le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). Une annonce qui semble ferme, presque solennelle. Cela vous rappelle le référendum de 2005 avec le traité de Barcelone par Sarkozy ? C’est normal !!

Mais à y regarder de plus près, une question s’impose : de quel volet parle-t-il exactement ? Le volet commercial ou le volet politique du traité ? Car les deux ne relèvent plus du même mécanisme d’approbation. Le « X » de Macron ? Une ligne jetée à la va-vite ! Ce type se fout de tout le monde !
Le splitting du traité : une astuce juridique européenne
Le traité de Mercosur a en effet été « splitté », autrement dit scindé en deux parties distinctes :
- Un volet politique, relatif aux droits humains, à la coopération ou à la démocratie,
- Et un volet commercial, concernant l’abaissement des droits de douane et les échanges économiques.
Ce découpage a été introduit sous la présidence d’Ursula von der Leyen à la Commission européenne, une manœuvre subtile qui modifie profondément les règles du jeu.
Concrètement, le volet commercial n’a plus besoin d’être ratifié par chacun des parlements nationaux. Il suffit désormais d’une majorité qualifiée au Conseil de l’Union européenne :
55% des États membres, représentant 65% de la population européenne. Si ce seuil est atteint, le traité s’applique, même si plusieurs pays s’y opposent.
Quand la minorité de blocage s’effondre
Face à cette situation, Emmanuel Macron a tenté de former une minorité de blocage, c’est-à-dire une coalition capable d’empêcher l’adoption du texte. Pour bloquer un accord, il faut au minimum quatre pays représentant 35% de la population européenne. La France (16% de la population), l’Italie (13%), l’Autriche, la Hongrie, la Pologne et l’Irlande devaient en théorie constituer cette alliance.
Mais c’était sans compter sur Giorgia Meloni, la cheffe du gouvernement italien. Pragmatique, elle a bien compris que cet accord commercial était crucial pour l’Allemagne, principal exportateur européen. Elle a donc monnayé son soutien en échange de concessions et, une fois obtenues, s’est retirée de la coalition. L’Italie a ainsi touché ses 45 milliards d’euros, sur le dos des Français et des autres Européens.
L’Italie n’a pas évidement reçu un chèque direct de 45 milliards « pour elle seule », mais Ursula von der Leyen a bien mis sur la table un paquet de 45 milliards d’euros de la PAC, dont l’Italie est l’une des grandes bénéficiaires, en échange d’un feu vert politique, notamment sur le Mercosur.
Ce que représentent les 45 milliards
- La Commission européenne a proposé un accès anticipé à environ 45 milliards d’euros de la Politique agricole commune (PAC) à partir de 2028, en lien avec la négociation du Mercosur et pour calmer la colère du secteur agricole.
- Il s’agit de fonds européens pour l’ensemble de l’agriculture de l’UE, pas d’un transfert intégral réservé à l’Italie.
Ce que l’Italie obtient concrètement
- Pour l’Italie, cette manœuvre revient à annuler une baisse prévue de ses crédits PAC et à lui garantir environ 10 milliards d’euros supplémentaires par rapport au projet initial, soit autour de 41 milliards au total sur 2028‑2034.
- Giorgia Meloni et son ministre de l’Agriculture présentent cette révision budgétaire comme un succès italien obtenu après avoir fait pression sur Bruxelles, dans un contexte où son feu vert est décisif pour la majorité qualifiée sur Mercosur.
L’Italie n’a pas simplement laissé filer son veto gratuitement. En échange de son ralliement, Ursula von der Leyen a remis sur la table un paquet de 45 milliards d’euros de la PAC pour l’agriculture européenne, dont Rome sort parmi les principaux gagnants. Concrètement, l’Italie récupère plusieurs milliards de plus pour ses agriculteurs, là où une baisse de ses crédits était initialement prévue, pendant que les Français continuent de voir l’accord se faire sur leur dos.
Vous avez compris ? On pourra dire qu’elle a défendu les intérêts de son pays ce qui, manifestement, n’a pas du tout été le cas d’Emmanuel Macron, occupé à jouer les girouettes devant les caméras au lieu d’en tirer profit pour soutenir nos agriculteurs et notre économie.
Non, il n’a rien fait, si ce n’est répéter « je ne signe pas » pour faire le malin, faire du Buzz et de la com, alors qu’en réalité, il a tout mis en œuvre pour que l’accord aboutisse depuis le départ.
Résultat : la minorité de blocage n’existe plus.
Les pays restants représentent seulement 28% de la population européenne, bien en dessous du seuil requis pour bloquer le traité.
Les conséquences : une Europe commerciale sans frein
Autrement dit, même si la France ou d’autres nations s’opposent publiquement au traité, l’accord commercial UE-Mercosur pourra entrer en vigueur sans leur consentement explicite.
Concrètement, cela signifie que :
- Les voitures allemandes pourront être exportées vers le Brésil ou l’Argentine sans droits de douane,
- Les produits agricoles sud-américains (viande, soja, sucre, etc.) arriveront plus facilement dans les supermarchés européens,
- Les agriculteurs européens, eux, subiront de plein fouet la concurrence de produits venus d’Amérique du Sud, souvent moins coûteux à produire.
Une erreur politique française ?
Dans ce contexte, la posture d’Emmanuel Macron apparaît essentiellement symbolique. En refusant de « signer », il tente d’affirmer une position souveraine… sur un texte où la souveraineté française ne s’applique plus pleinement.
Plutôt que de négocier avec Giorgia Meloni pour maintenir une opposition efficace, il a préféré la disqualifier politiquement en rappelant son affiliation à l’extrême droite.
Mais pendant que Paris joue la morale, Bruxelles signe les contrats.
D’ailleurs, il suffit d’observer la manière dont Macron a accueilli les chefs d’État européens à l’Élysée lors de la rencontre consacrée au Venezuela : tous ont eu droit à une attention particulière, sauf Giorgia Meloni, qui n’a visiblement pas bénéficié des mêmes marques de chaleur de la part de « Jupiter ».
Et pour les agriculteurs français, cette guerre de posture risque de se traduire par une nouvelle perte de compétitivité, voire un sentiment d’abandon. Car, qu’on le veuille ou non, la machine européenne est déjà en marche.
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