
Madagascar au bord du gouffre : l’armée retourne sa veste et Rajoelina accuse un coup d’État
Publié le 12.10.2025 à 16h46 – Par Dmitri Novikov – Temps de lecture 8 mn
En ce dimanche 12 octobre 2025, Madagascar traverse une crise politique d’une intensité historique. Alors qu’une unité militaire d’élite a annoncé avoir pris le contrôle de l’armée et que le président Andry Rajoelina dénonce une tentative de « prise de pouvoir illégale », la capitale Antananarivo est le théâtre de scènes de liesse populaire où l’armée est acclamée par des manifestants. Voici les derniers développements de cette situation en pleine évolution.

Les soldats à Madagascar ont refusé l’ordre de tirer sur les manifestants
« Ce sont nos amis, nos frères et nos sœurs » ~ Les soldats malgaches exhortent publiquement leurs collègues et la police à « refuser les ordres » de tirer sur les manifestants alors que plusieurs milliers de membres de la génération Z défilent dans la capitale, exigeant la démission du président.
Au moins 2 morts aujourd’hui lors des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants. Un militaire et un civil ont été tués.
Ce matin, le Capsat, le camp militaire où sont stockés les armes et munitions de l’armée, a appelé les forces de l’ordre à rejoindre le mouvement de contestation qui exige le départ d’Andry Rajoelina
Les coups de théâtres s’enchaînent ces dernières heures à Madagascar

L’acte de rébellion militaire
La tournure dramatique que connaît Madagascar depuis ce week-end trouve son origine dans la mutinerie du CAPSAT (Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques), une unité influente de l’armée.
- Prise de contrôle annoncée : Dans une déclaration vidéo diffusée dimanche, des officiers du CAPSAT ont affirmé que « désormais, tous les ordres de l’armée malgache, qu’ils soient terrestres, aériens ou [maritimes] – émaneront du quartier général du CAPSAT ». Cette annonce remet directement en cause la chaîne de commandement traditionnelle.
- Fraternisation avec les manifestants : Dès samedi, des soldats de cette unité ont quitté leur caserne, ont affronté brièvement les gendarmes restés fidèles au pouvoir, puis ont rallié les milliers de manifestants rassemblés sur la symbolique place du 13-Mai à Antananarivo. Ils y ont été accueillis en héros sous les acclamations de « Merci CAPSAT ! ».
- Un précédent historique : Le CAPSAT n’en est pas à sa première mutinerie. Cette même unité avait joué un rôle clé dans le soulèvement de 2009 qui avait porté Andry Rajoelina au pouvoir. Le retournement de ceux qui l’avaient installé il y a 16 ans représente un symbole extrêmement fort et une menace existentielle pour son régime.
Hier soir, le président de Madagascar a fui le State House au milieu des protestations contre le chômage et le coût élevé de la vie l’armée a depuis pris le pouvoir dans la capitale Antananativo. C’est le deuxième coup d’État de la SADC. Le président a fui sa résidence officielle !!!

Stade 13 mai : le colonel Patrick est vu ici. Il est de retour au pays.

Le bureau permanent du Sénat a annoncé aujourd’hui qu’en raison des circonstances actuelles, le Général RAVALOMANANA_Richard ne sera plus président du SÉNAT, comme indiqué dans cette déclaration.


Madagascar, la jeune dame à émerveiller tout le monde face à la police vue son Courage, elle doit avoir un côté Burkinabè ?
La réaction du pouvoir en sursis
Face à cette défection majeure, le camp présidentiel a réagi, mais semble en grande difficulté.
- Accusation de coup d’État : Dimanche matin, la présidence de la République a publié un communiqué dénonçant « une tentative de prise de pouvoir illégale et par la force, contraire à la Constitution et aux principes démocratiques ». Andry Rajoelina, dont la localisation exacte n’était pas connue, a appelé au « dialogue » et à « l’unité ».
- Un gouvernement qui tente de résister : Le nouveau Premier ministre, le général Ruphin Zafisambo, nommé la semaine dernière, a assuré que le gouvernement était « pleinement prêt à écouter et à dialoguer avec toutes les jeunes factions, syndicats ou militaires ». Il a ajouté que Madagascar ne « résisterait pas à d’autres crises » si les divisions persistaient.
Traduction du X :
Nous avons déjà évoqué la révolte des jeunes à Madagascar et au Maroc https://redmed.org/article/rebellion-and-revolution-spread-asia-africa Une unité militaire a rejoint la rébellion. Pourtant, le président avait nommé il y a quelques jours un général au poste de Premier ministre. La situation évolue vers une révolution ou une guerre civile. L’Afrique est en ébullition.
La voix d’un peuple et d’une armée divisée
La crise actuelle est l’aboutissement de plus de deux semaines de protestations massives.
- Les racines de la colère : Le mouvement a débuté le 25 septembre pour dénoncer les coupures d’eau et d’électricité chroniques qui paralysent le pays, où 75% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Rapidement, la contestation s’est transformée en rejet du président Rajoelina, critiqué pour la corruption et les privilèges ostentatoires de son entourage.
- Le rôle central de la Génération Z : Comme dans d’autres pays, la jeunesse malgache, organisée sous la bannière « Gen Z Madagascar », a été le fer de lance des manifestations. Le mouvement, qui s’inspire de révoltes similaires au Népal ou au Sri Lanka, utilise comme symbole un Jolly Roger (tête de mort) inspiré du manga One Piece.
- Un lourd bilan humain : Les affrontements avec les forces de sécurité ont été meurtriers. Les Nations Unies font état d’au moins 22 morts et une centaine de blessés depuis le début du mouvement. La violence de la répression a contribué à faire basculer une partie de l’armée.
- Des rangs sécuritaires qui se fissurent : Dimanche matin, la gendarmerie nationale, très critiquée pour sa brutalité, a publié à son tour une vidéo reconnaissant des « fautes et des excès lors de nos interventions » et affirmant : « Nous sommes là pour protéger, pas pour terroriser ».
Répercussions internationales
La gravité de la crise a des implications au-delà des frontières de Madagascar.
- Inquiétude internationale : Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé sa « profonde inquiétude » et appelé au calme.
- Suspension des vols : En raison de la détérioration de la sécurité, Air France a suspendu ses vols entre Paris et Antananarivo au moins jusqu’au lundi 13 octobre.
Les scénarios possibles
Alors que la situation évolue heure par heure, plusieurs issues sont possibles.
- La chute de Rajoelina : Les manifestants et les militaires mutinés exigent le départ du président. La pression de la rue et le retrait du soutien de l’armée rendent cette possibilité de plus en plus probable.
- Une transition incertaine : La suite dépendra des équilibres de force au sein de l’armée elle-même. Si la mutinerie du CAPSAT est suivie par d’autres unités, la voie serait ouverte à une transition, dont la forme reste à définir.
- Un conflit prolongé : Si des éléments des forces de sécurité restent loyaux au président, le pays pourrait s’enfoncer dans une période de violence et d’instabilité.
La situation à Madagascar reste extrêmement fluide. Alors que le président Rajoelina affirme vouloir le dialogue, la rue et une partie cruciale de l’armée, qui fut son propre fer de lance, ne réclament plus que son départ. Les prochaines heures seront décisives pour l’avenir de la Grande Île.
Jet privé en provenance de Madagascar à Maurice : Paul Bérenger, PM par intérim, ordonne l’ouverture d’une enquête

Le Premier ministre par intérim, Paul Bérenger, exprime sa révolte après l’atterrissage en urgence, aux petites heures de ce dimanche, d’un jet privé en provenance de Madagascar. L’appareil transportait l’ex-Premier ministre malgache, Christian Ntsay, un homme d’affairses ainsi que leurs proches. Selon Paul Bérenger, des instructions claires n’ont pas été respectées par l’Aviation civile.
Insatisfait des conditions dans lesquelles ce vol privé a été autorisé à atterrir à Maurice, Paul Bérenger affirme avoir ordonné l’ouverture d’une enquête afin de faire la lumière sur les circonstances entourant cet atterrissage. Il ajoute avoir informé le Premier ministre, Navin Ramgoolam, actuellement à l’étranger, de la situation.
Paul Bérenger assure suivre la situation à Madagascar « heure par heure » et précise que si une demande d’atterrissage émanant du président malgache devait être formulée, elle serait examinée.
Rappelons que les manifestations, initialement déclenchées par des jeunes protestant contre les coupures d’eau et d’électricité, se sont transformées en un mouvement plus large dirigé contre le président Andry Rajoelina.
DÉCLARATION de Gen Z Madagascar il y a quelques heures,


« Si le président ne démissionne pas, nous le retirons, la loi nous donne le pouvoir de le faire ! Nous verrons ici qui est le véritable défenseur et qui mène la voix du peuple. Nous sommes dans ce moment, nous resterons dans la loi » a déclaré Gascar Fenosoa, député.

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