France : Mort d’un témoin, silence des médias : La malédiction des témoins de l’affaire Sarkozy a frappé Takieddine. Robert Bourgi, êtes-vous bien protégé ?


Mort d’un témoin, silence des médias : La malédiction des témoins de l’affaire Sarkozy a frappé Takieddine. Robert Bourgi, êtes-vous bien protégé ?

Publié le 27.9.2025 à 11h52 – Par Luca Giordano – Temps de lecture 6 mn

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Alors que les projecteurs médiatiques étaient braqués sur le procès de Nicolas Sarkozy, le témoin clé de l’affaire Libye, Ziad Takieddine, s’est éteint dans l’indifférence générale. Sa mort, survenue à Beyrouth deux jours seulement avant le verdict, emporte avec lui des secrets qui hantent les couloirs du pouvoir français. Pendant ce temps, un autre intermédiaire, Robert Bourgi, se livre en public. Est-ce une coïncidence, ou une stratégie de survie dans un jeu où l’omerta est la règle ?

Un décès opportun dans l’ombre d’un verdict

Ziad Takieddine, l’homme d’affaires franco-libanais au cœur des accusations de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, est mort le 23 septembre 2025 des suites d’une longue maladie. Son décès intervient à un moment plus que symbolique : quarante-huit heures avant que le tribunal correctionnel de Paris ne rende son jugement dans cette affaire politico-financière tentaculaire. Condamné à cinq ans de prison ferme dans le volet financier de l’affaire Karachi et en cavale au Liban un pays qui n’extrade pas ses ressortissants, Takieddine emporte dans la tombe ses témoignages et ses multiples revirements qui ont tant intrigué les juges et les journalistes.

Les observateurs de l’affaire dite « Sarkozy-Kadhafi » savent que sa disparition est un coup dur pour la manifestation de la vérité. Takieddine était le principal accusateur de l’ancien chef de l’État, avant de se rétracter, puis de se rétracter encore, au point que certains s’interrogeaient sur sa santé mentale, une expertise judiciaire ayant cependant conclu à l’absence de « pathologie affabulatoire« . Homme de l’ombre par excellence, il se définissait lui-même comme tel, soulignant que son métier d’intermédiaire demandait « de la patience, de l’habileté, de l’entregent » et de se tenir à l’écart du « tintamarre des journaux ». Un silence qu’il a définitivement retrouvé.

Robert Bourgi, ou l’étrange confession d’un autre « homme de l’ombre »

Dans le même temps, un autre intermédiaire historique des relations France-Afrique, Robert Bourgi, a choisi la voie diamétralement opposée : celle de la confession publique. Dans des médias comme France 24 et à travers la publication de ses mémoires, They know I know everything, il a levé le voile sur les mécanismes sordides de la Françafrique. Dans son livre « Ils savent que je sais tout : Ma vie en Françafrique » Robert Bourgi raconte comment plusieurs chefs d’États africains ont financé, en cash, des partis et hommes politiques dans le but d’influencer la vie politique française.

Ses révélations les plus explosives concernent directement la Côte d’Ivoire. Bourgi affirme qu’après la présidentielle ivoirienne de 2010, Nicolas Sarkozy lui aurait ordonné de proposer à Laurent Gbagbo une retraite dorée en échange de son départ du pouvoir. Face au refus de Gbagbo, qui aurait déclaré « Je serai son Mugabe », Sarkozy, furieux, aurait hurlé : « Je vais le vitrifier !« . Quelques mois plus tard, avec un mandat de l’ONU, l’armée française intervenait aux côtés des forces d’Alassane Ouattara pour capturer Gbagbo. Bourgi a également confirmé que Gbagbo avait bien financé la campagne de Jacques Chirac en 2002 à hauteur de 3 millions de dollars, une information que l’ancien président ivoirien a lui-même admise.

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Tableau comparatif des deux intermédiaires

PersonnageRôleAffaires clésComportement récent
Ziad TakieddineIntermédiaire en armement, homme d’affairesAffaire Karachi, financement libyen de la campagne Sarkozy (2007)Décédé le 23 septembre 2025, deux jours avant le verdict de l’affaire Sarkozy-Kadhafi
Robert BourgiIntermédiaire historique entre les présidents français et africainsRévélations sur le financement africain de campagnes politiques françaises (Chirac, Sarkozy)Confessions publiques et médiatiques sur les coulisses de la Françafrique

Le silence assourdissant des médias : un choix stratégique ?

Face à cette séquence extraordinaire, la mort d’un témoin-clé et les aveux détaillés d’un autre, le traitement médiatique peut sembler disproportionné. L’attention s’est largement focalisée sur le procès et la pétition pour la libération de Nicolas Sarkozy, reléguant la disparition de Takieddine au rang de simple fait divers.

Pourtant, les implications de sa mort sont immenses. Comme le souligne la couverture du Point, il emporte « définitivement avec lui des informations clés sur les relations réelles de Nicolas Sarkozy avec le clan Kadhafi ». Dans un dossier où la vérité a toujours été insaisissable, la disparition du principal témoin, aussi instable fût-il, laisse un vide béant. Ce silence interroge : s’agit-il d’un manque d’intérêt, ou d’une forme de lassitude face à des affaires si complexes qu’elles en deviennent indigestes pour le grand public ? Ou, plus cyniquement, certains préfèrent-ils que certains secrets meurent avec les témoins ?

La prise de parole spectaculaire de Robert Bourgi, à l’opposé du silence définitif de Takieddine, pourrait être interprétée comme une stratégie de protection. En se mettant en lumière, en racontant everything, il se place peut-être à l’abri de l’oubli ou d’un tragique « accident ». Son comportement, comme celui de Takieddine de son vivant, peut sembler « étrange » mais n’est-ce pas la seule posture possible quand on a évolué dans les zones d’ombre du pouvoir ?

Conclusion : l’heure des comptes est-elle définitivement passée ?

La mort opportune de Ziad Takieddine et les confessions calculées de Robert Bourgi dessinent les contours d’un système qui se referme. Les acteurs de l’ombre disparaissent, emportant leurs secrets, ou se mettent à table dans ce qui ressemble à une course finale pour contrôler la narration. Les vérités sur les financements occultes, les ingérences dans les démocraties africaines et les valises de billets semblent s’éloigner un peu plus avec chaque témoin qui s’en va.

Les « énergies lumineuses » qui pousseraient les « crapules à s’acheter une conscience » parviendront-elles à illuminer ces sombres dossiers ? La disparition de Takieddine, passée quasi inaperçue, suggère que le silence reste l’arme la plus puissante. Les mensonges seront-ils tous révélés ? L’histoire, elle, n’aura peut-être jamais tous les éléments pour juger. Il faut arrêter d’essayer de couvrir les voyous de la République, ces affaires de valises d’argents existent bel et bien, il faut mettre fin à toutes ces magouilles, qui à chaque fois se retrouvent sans preuves « L’enquête sur les « valises » de Robert Bourgi classée sans suite.

Si c’est Robert BOURGI, grand acteur de la Françafrique, qui demande à Emmanuel MACRON de dégager OUATTARA, et qui donne la méthode, c’est que c’est grave.

Conférence de presse de Robert Bourgi, M. Afrique en France, à l’occasion du lancement de son livre

Robert Bourgi raconte pourquoi il voulait «niquer» François Fillon

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