
Choc : La prime au sang – Une escalade policière qui interroge la lutte contre la criminalité
Publié le 27.9.2025 à 20h10 – Par Marc Dufresne – Temps de lecture 4 mn
Une nouvelle loi qui fait polémique
Le 23 septembre dernier, l’État de Rio de Janeiro au Brésil a adopté une mesure choc : une prime pouvant aller jusqu’à 150% du salaire pour les policiers qui « neutraliseraient » des criminels ou saisiraient des armes lourdes. Présentée comme une réponse forte à l’insécurité, cette loi instaure en réalité une logique de prime à la mise à mort, soulevant des questions fondamentales sur la justice, les droits de l’homme et les risques de dérives dans des communautés déjà vulnérables[citation:3].
L’engrenage de la violence légale
Cette politique n’est pas née dans un vacuum. Elle s’inscrit dans un contexte où la frontière entre l’action légale des forces de l’ordre et une forme de violence extra-judiciaire devient de plus en plus floue. La tentation est grande pour les gouvernements de répondre à la criminalité organisée par des mesures spectaculaires, mais court-termistes.
- Un précédent dangereux : Récompenser financièrement l’élimination physique d’individus, en les désignant comme « malfrats », revient à instaurer une justice expéditive. Cela risque de transformer les forces de l’ordre en milices, où chaque intervention pourrait être motivée par un gain financier plutôt que par la protection des citoyens et le respect de la loi.
- La situation à Rio : Dans un État rongé par les gangs et la violence, la frustration des autorités et de la population est compréhensible. Cependant, cette loi pourrait exacerber les tensions et mener à une escalade de la violence, les groupes criminels répondant probablement par une force accrue.
Des conséquences sociales désastreuses
Au-delà de l’aspect sécuritaire, cette mesure menace le tissu social et les droits fondamentaux.
- Les cibles potentielles : Comme le souligne la note de la rédaction (NDLR), cette prime ouvre la porte à tous les abus. Des règlements de compte entre voisins pourraient se transformer en dénonciations calomnieuses, des jeunes de quartiers défavorisés pourraient être stigmatisés et devenir des cibles faciles sans preuve tangible de leur culpabilité.
- L’érosion de la confiance : Pour être efficace, la police a besoin de la confiance des populations qu’elle sert. Une politique de prime à l’élimination sape cette confiance de manière irrémédiable. Les habitants, craignant pour leur vie, pourraient hésiter à coopérer avec les forces de l’ordre, isolant davantage les communautés et renforçant l’emprise des criminels.
Une perspective globale : Et si cela arrivait chez nous ?
Il est facile de considérer cette nouvelle comme lointaine. Pourtant, l’idée d’une justice expéditive face à la délinquance gagne du terrain dans plusieurs pays, y compris en Europe. La tentation de solutions simples et radicales face à la complexité de l’insécurité est un phénomène mondial.
- Un avenir possible : Si aucun gouvernement ne propose des alternatives crédibles pour lutter contre les causes profondes de la criminalité (inégalités, échec scolaire, manque de débouchés), le discours de la « tolérance zéro » sous sa forme la plus brutale pourrait séduire. La loi de Rio n’est peut-être qu’un avant-goût de ce qui pourrait être proposé ailleurs si le sentiment d’insécurité continue de croître.
- L’alternative : La solution ne réside pas dans la suppression des droits au nom de la sécurité. Elle se trouve dans un travail de terrain, une justice impartiale et des investissements sociaux de long terme. Des séries comme FBI : Opérations secrètes montrent, même de manière fictionnelle, l’importance du renseignement, de l’infiltration et du travail minutieux pour démanteler les réseaux criminels, bien loin des exécutions sommaires.
Conclusion : L’urgence d’agir… autrement
La loi adoptée à Rio est un signal d’alarme. Elle nous montre jusqu’où une société peut aller par désespoir. S’indigner est nécessaire, mais insuffisant. Cette mesure choquante doit nous pousser à exiger de nos gouvernements non pas une répression aveugle, mais une action juste et efficace contre la criminalité.
Il est crucial de refuser que la fin justifie tous les moyens, avant que la frontière entre l’État de droit et la barbarie ne s’estompe définitivement. L’avenir de la sécurité collective ne se construira pas sur des primes au sang, mais sur une vision courageuse et humaine de la justice.
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