
M. Butterfly : L’incroyable histoire de l’espion travesti qui a dupé la diplomatie française pendant 20 ans
Publié le 2.5.2025 à 09h56 – Par Pauline Dupont – Temps de lecture 6 mn
M. Butterfly : 20 ans de supercherie – Comment un espion chinois a transformé l’art du travestissement en arme d’État : Les espions chinois atteignent un niveau de ruse hors du commun
En 1983, Shi Pei Pu est arrêté
Le plus étrange ? Pendant 20 ans, le diplomate français qui croyait avoir eu un enfant avec elle ne savait pas qu’elle était un homme.


Voici l’histoire d’un des espions les plus rusés :
Shi Pei Pu était un chanteur légendaire d’opéra de Pékin. Formé à l’art lyrique, il incarnait magistralement des rôles féminins (appelés dans), une tradition ancrée dans le théâtre chinois classique.
Mais Shi a transformé cet art en une véritable arme de manipulation :
Pendant DEUX DÉCENNIES, il a réussi à convaincre le diplomate français Bernard Boursicot qu’il était une femme.


La supercherie était d’une précision chirurgicale :
- Relations sexuelles dans l’obscurité totale (justifiées par une “pudeur culturelle”).
- Dissimulations génitales méticuleuses (il parvenait même à passer des examens médicaux).
- Shi a même “donnée naissance” à un enfant… qu’il avait simplement adopté, le faisant passer pour leur fils biologique.
Mais il ne s’agissait pas seulement d’un déguisement de genre.
C’était une guerre psychologique sophistiquée.
Shi a exploité les stéréotypes culturels, manipulé les émotions et cultivé une vulnérabilité feinte pour piéger Boursicot à la fois sentimentalement et physiquement. Il l’a rendu complice.
Isolé, seul et bisexuel non assumé, Boursicot était une cible idéale. Aveuglé par le désir, il a remis à Shi des centaines de documents confidentiels français, compromettant la sécurité diplomatique du pays.
Les conséquences ont été spectaculaires.

Dans les années 1980, les deux hommes sont arrêtés en France. Lors des interrogatoires, la vérité éclate : Shi était biologiquement un homme.
Boursicot s’effondre publiquement, incapable dans un premier temps d’accepter la réalité.
Le procès vire au cirque médiatique, les détails intimes étant exposés publiquement devant le tribunal. Des experts témoignent sur les techniques d’espionnage de Shi, sa maîtrise du travestissement et sa manipulation psychologique hors pair. Le juge décrira l’affaire comme “la plus stupéfiante” qu’il ait jamais jugée.
Les deux hommes sont condamnés à six ans de prison.
Mais le président François Mitterrand accorde une grâce présidentielle à Shi, qualifiant l’affaire de “très bête”. Une tentative de désamorcer les tensions diplomatiques entre la Chine et la France.

L’opération de Shi a marqué un tournant dans l’histoire de l’espionnage :
- Aujourd’hui encore, son cas est étudié dans les écoles de renseignement.
- Elle a démontré que la manipulation émotionnelle pouvait percer les secrets d’État bien plus efficacement que la technologie.
- Elle a poussé les agences à repenser leurs protocoles de recrutement
Au-delà de l’espionnage, leur histoire d’amour a secoué la culture populaire.

Elle a inspiré la pièce de théâtre “M. Butterfly”, couronnée aux Tony Awards, une adaptation cinématographique hollywoodienne, et de nombreux débats sur le genre, la politique et la psychologie, Shi a refusé les droits d’auteur de “M. Butterfly”. Il a demandé à la place… un récital au Carnegie Hall – le souhait ultime d’un artiste jusqu’au bout.
Il dira plus tard : “J’ai fasciné les hommes comme les femmes. Ce que j’étais où ce qu’ils étaient n’avait aucune importance.”. Shi a fini ses jours paisiblement à Paris. Boursicot s’est retiré, seul, en Bretagne.
Mais les questions demeurent brûlantes :
- Où se trouve la frontière entre amour et manipulation ?
- Peut-on jamais vraiment connaître l’identité de quelqu’un ?
Voici l’histoire complète pour ceux qui recherchent plus d’informations :
Shi Pei Pu est né le 21 décembre 1938 dans la province côtière chinoise du Shandong. Il a grandi à Kunming, où il a appris le français et étudié la littérature à l’université du Yunnan. En tant que jeune chanteuse d’opéra, Shi a acquis une reconnaissance locale en jouant souvent des rôles féminins sur la scène lyrique de Pékin. En 1964, Bernard Boursicot, employé de l’ambassade de France à Pékin, assiste à une fête de Noël organisée par Claude Chayet, haut fonctionnaire de l’ambassade. Lors de la fête, Boursicot rencontra une belle chanteuse d’opéra nommée Shi Pei Pu, habillée en homme. Shi raconta à Boursicot qu’il était une chanteuse d’opéra de Pékin qui avait été forcée de vivre comme un homme pour exaucer le vœu de son père d’avoir un fils. Les deux hommes entamèrent rapidement une relation sexuelle, qu’ils maintinrent secrète.

Shi convainquit Boursicot qu’il était bel et bien une femme. Dans le contexte de la Révolution culturelle de Mao Zedong, il était interdit aux Chinois de fréquenter les étrangers. Malgré cela, Boursicot accepta de livrer des secrets d’ambassade au gouvernement chinois pour continuer à voir Shi. Boursicot a été en poste à Pékin de 1969 à 1972, puis à Oulan-Bator, en Mongolie, de 1977 à 1979. Au cours de ces missions, il a fourni plus de 500 documents secrets au gouvernement chinois. Shi et Boursicot ont maintenu leur relation sexuelle même lorsque Boursicot était en poste hors de Chine. Shi a même présenté Boursicot à leur fils adoptif, Shi Du Du, qui, selon Shi, était leur enfant biologique.
En 1983, le gouvernement français a arrêté Shi Pei Pu et Bernard Boursicot pour espionnage. C’est au cours de leur procès que la vérité a finalement éclaté : Shi n’était pas une femme. Pendant près de vingt ans, Shi avait réussi à convaincre Boursicot du contraire en cachant ses parties génitales et en insistant pour n’avoir de rapports sexuels que dans l’obscurité. Sa tromperie élaborée incluait l’adoption d’un enfant pour le présenter comme leur fils. Shi et Boursicot furent tous deux condamnés pour espionnage par le gouvernement français. Shi maintint la sincérité de leur amour, mais Boursicot, aigri par cette trahison, réfléchit à leur relation :
« Maintenant, c’est fini. Je suis libre. » Cette affaire extraordinaire a inspiré au dramaturge américain David Henry Hwang la pièce « M. Butterfly » (1988), qui est devenue plus tard un film du même titre.
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