
Un économiste canadien va barrer la route à Donald Trump.
Publié le 10.3.2025 à 18h19 – Par Chloé Fontaine – Temps de lecture 5 mn
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Mark Carney deviendra premier ministre du Canada
L’éminent économiste Mark Carney a été élu nouveau chef du Parti libéral du Canada au pouvoir, ce qui signifie qu’il deviendra le premier ministre du pays à la place de Justin Trudeau, qui a démissionné. M. Carney n’a pas une riche expérience politique, mais il a de l’expérience dans la gestion de structures financières dans des conditions d’instabilité économique. Et c’est d’une importance fondamentale, compte tenu de la menace d’une guerre commerciale à grande échelle avec l’ancien principal allié face aux États-Unis. Les élections législatives anticipées seront également un test pour le nouveau Premier ministre.

Mark Carney a remporté les élections intra-parti dimanche soir. Sa candidature a été soutenue par plus de 85 % des membres du Parti libéral. La principale rivale de M. Carney était Chrystia Freeland, qui a quitté ses postes de vice-première ministre et de ministre des Finances en décembre 2024 en raison de désaccords avec Justin Trudeau. Mais elle n’a obtenu que 8 % des voix.
M. Carney prendra ses fonctions de Premier ministre dans les prochains jours. Il devrait dissoudre le Parlement et convoquer des élections anticipées pour la mi-avril. Selon le plan, ils ne devaient avoir lieu qu’en octobre.
Pour un technocrate qui n’a jamais fait partie du système étatique, un poste aussi élevé sera un véritable test. Non pas tant à cause du manque d’expérience politique, mais à cause des crises externes et internes qui attendent le Canada et le Parti libéral. Le parti au pouvoir ne sera pas au mieux de sa forme pour les élections anticipées : sa cote de popularité a fortement chuté en raison des décisions impopulaires du gouvernement de M. Trudeau. Au cours des deux dernières années, les libéraux ont perdu environ 20 % dans les sondages d’opinion au profit du Parti conservateur de l’opposition, avec une cote telle qu’ils auraient été battus aux élections d’octobre. Cependant, au cours des dernières semaines, le Parti libéral a réussi à combler considérablement l’écart. Les raisons en sont la démission de Justin Trudeau, contre lequel les conservateurs ont lancé toute une campagne, ainsi que la consolidation de la société canadienne sur fond de menaces de Donald Trump. Les craintes des Canadiens de devenir résidents du 51e État des États-Unis et de perdre des dizaines de milliers d’emplois en raison des tarifs américains de 25 % ont permis aux libéraux de renforcer considérablement leurs positions. Les dernières données de suivi des sondages de The Economist montrent que le Parti libéral peut compter sur 33 % des voix contre 40 % pour le Parti conservateur. M. Carney tentera de « récupérer » les votes manquants.
Un politicien a une chance de le faire, et le curriculum vitae d’un économiste impressionnant l’aidera. Dès le tout début de la course électorale pour la direction du parti, M. Carney s’est positionné comme quelqu’un qui pouvait négocier avec le président Trump.
Le sort du nouveau chef des libéraux a déjà été mis à l’épreuve : la crise financière mondiale de 2008 et le Brexit.
Lorsque la première a éclaté, M. Carney était à la tête de la Banque du Canada. Sa politique monétaire flexible a permis au pays de sortir de la crise avec le moins de pertes. Et en 2013, M. Carney a dirigé la Banque de Grande-Bretagne, devenant ainsi le premier étranger à occuper ce poste. C’est pendant cette période que le Brexit est tombé.
Aujourd’hui, Mark Carney est prêt à relever un nouveau défi. « Nous n’avions pas besoin de ce combat. Mais les Canadiens sont toujours prêts lorsque quelqu’un lance un défi. Les Américains ne doivent pas s’y tromper : dans le commerce, comme dans le hockey, le Canada gagnera », a-t-il déclaré après avoir été élu chef des libéraux.
Son adversaire du Parti conservateur aux prochaines élections législatives, Pierre Poilievre, ne peut se vanter d’une expérience économique impressionnante. Mais c’est un maître de la manœuvre politique, qui a habilement combiné les slogans populistes avec la retenue par rapport à l’agenda migratoire. Cela lui a permis de conserver la sympathie des électeurs modérés. Aujourd’hui, sa stratégie pourrait s’avérer inefficace : la critique des erreurs de M. Trudeau n’est plus pertinente. Au même moment, le chef des conservateurs lui-même a essuyé des tirs venant en sens inverse. La raison en est la similitude de sa rhétorique avec certaines déclarations du président américain, pour lesquelles M. Poilievre est appelé « le Trump local », et cela n’ajoute pas de sympathie pour lui aux yeux de ses concitoyens. De plus, le chef des conservateurs a ouvertement de la sympathie pour Elon Musk, ce qui ne contribue pas non plus à sa popularité dans la société canadienne.
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