
Les nouveaux satellites espions de l’armée allemande ne parviennent pas à se déployer en orbite.
Publié le 6.7.2024
Le 24 décembre 2023, une fusée Falcon 9 a lancé deux satellites espions pour l’armée allemande (Bundeswehr). Les satellites faisaient partie de la constellation SARah, un système de reconnaissance de nouvelle génération.

Au départ, le lancement semblait réussi, OHB (le fabricant allemand de satellites) déclarant les satellites « en toute sécurité en orbite ». Six mois après leur lancement, les deux satellites ne sont pas devenus opérationnels. Le principal problème est que les antennes des satellites ne peuvent pas être dépliées.
Les ingénieurs ont essayé diverses méthodes pour résoudre le problème, notamment la réinitialisation du logiciel de vol et l’exécution de manœuvres pour détacher les antennes, mais sans succès.
La Rupture de l’Accord de Renseignement Spatial Franco-Allemand : Une Collaboration en Péril
En 2002, la France et l’Allemagne ont scellé un accord de coopération en matière de renseignement spatial, connu sous le nom d’accord de Schwerin. Cet accord prévoyait que la France fournirait à l’Allemagne des images prises par ses satellites optiques (Hélios, puis CSO) en échange de données collectées par la constellation allemande de satellites radar. Une entente similaire existait entre la France et l’Italie avec le système COSMO-Skymed. Cette collaboration permettait à chaque pays de se spécialiser et d’éviter la duplication des moyens, comme l’avait souligné Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, en 2015.
Cependant, en 2017, Berlin a bouleversé cet équilibre en commandant deux satellites d’observation optique à haute résolution au groupe allemand OHB. Cette décision est intervenue après que l’Allemagne a investi 210 millions d’euros dans le programme français CSO, en échange de la direction du projet de drone MALE européen. Cette initiative allemande a été perçue comme une rupture unilatérale de la dépendance mutuelle qui existait entre les deux pays, plaçant ainsi la France dans une situation de dépendance pour l’imagerie radar, comme l’a déploré la Délégation parlementaire au renseignement dans son rapport 2019-2020.
Cette situation est devenue encore plus préoccupante en raison des problèmes techniques rencontrés par les capacités allemandes en matière d’imagerie radar. En décembre, un lanceur Falcon 9 de SpaceX a mis en orbite deux des trois satellites du programme SARah, lancé en 2013 par la Bundeswehr pour remplacer la constellation SAR-LUPE. Malgré un coût initial de 800 millions d’euros, ces satellites, censés être opérationnels pendant dix ans, ne fonctionnent toujours pas six mois après leur lancement en raison de problèmes techniques empêchant le déploiement de leurs antennes radar.
Les ingénieurs ont tenté plusieurs solutions pour résoudre ce problème, notamment la réinitialisation du logiciel de vol et diverses manœuvres pour déplier les antennes, mais sans succès. Selon Der Spiegel, le déploiement de ces antennes n’aurait pas été testé au sol, et tant que ces satellites ne seront pas opérationnels, l’industriel OHB-System en conservera la propriété, exonérant ainsi la Bundeswehr de tout paiement.
Le premier satellite du programme, SARah 1, lancé en juin 2022 et construit par Airbus, est actuellement en service et utilise une antenne radar à réseau phasé active. Les deux autres satellites, SARah 2 et SARah 3, sont équipés de réflecteurs radar à synthèse d’ouverture passifs, permettant de prendre des images quelles que soient les conditions météorologiques. Cependant, leur défaillance technique actuelle compromet gravement les capacités de renseignement spatial de l’Allemagne et, par extension, l’équilibre de la coopération franco-allemande en matière de renseignement spatial.
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