
Tensions croissantes entre les États-Unis, l’OTAN, l’Ukraine et la Russie, une analyse géopolitique – Caroline Galactéros
Publié le 31.5.2024
Caroline Galactéros :
« Eh bien, c’est que les États-Unis veulent provoquer une riposte nucléaire tactique russe en Ukraine. Tactique au sens de porter une attaque qui puisse justifier l’entrée, à un moment donné, de forces de pays de l’OTAN sur le territoire ukrainien. C’est donc ce que nous dirions un « false flag », une attaque sous faux drapeau.
Si vous laissez l’Ukraine, qui tape avec les moyens fournis par les États-Unis, c’est en fait ces derniers qui tirent les ficelles derrière. C’est un coup de semons, pas un coup de feu. C’est pour provoquer un coup de semons tactique, et mettre la Russie dans une situation extrêmement difficile.
Que se passe-t-il alors ? D’abord, que se passe-t-il avec le soutien de la Chine ? Car je pense que le partenariat stratégique russo-chinois est très puissant, très fort et très actif, contrairement à ce qu’on dit. Ça ne sert à rien d’essayer de le dégrader. Mais si demain la Russie frappait nucléairement, même tactiquement, en Ukraine, que dirait la Chine ? Même si elle comprend que c’est une attaque sous faux drapeau, que les radars ont été brouillés par les Ukrainiens, et une provocation délibérée que la Russie ne peut pas ne pas répondre, etc.
Voilà donc peut-être que les Américains ont trouvé le moyen de couper les liens entre la Chine et la Russie. Peut-être que c’est ça le moyen de faire faire une chose aux Russes que les Chinois ne supporteront pas et qui tendra les relations entre Moscou et Pékin. Et qui peut-être nous donnera plus de latitude dans notre attitude.
Bon, on nage en plein préparatif de science-fiction, mais les Néoconservateurs sont tout à fait capables de prendre un tel risque. Ils ne croient peut-être pas que la Russie osera répliquer de manière claire, et que finalement, on peut toujours essayer, car on a tout à gagner à aller vers ce type de petite escalade.
C’est toujours un mélange de sous-estimation de l’adversaire et de surestimation de ses propres capacités. Et puis, dernier scénario, la Russie ne réagit pas, et c’est une lourde défaite pour elle. Cela pourrait mener à un autre rêve américain : un changement de régime en Russie, si le peuple russe, qui finalement le soutient tellement, se rend compte qu’il n’a pas la force ou la puissance de le protéger face à de telles agressions, provocations et humiliations. On peut imaginer que cela déclenche des troubles, des manifestations.
Il faut aussi penser que les Ukrainiens, dans leur situation militaire actuelle, peuvent se dire que s’ils arrivent à affaiblir suffisamment la capacité de riposte russe et à faire douter, à un moment donné, ils ne pourront pas répondre, sauf à faire une frappe qui causerait des dommages inacceptables, notamment humains. Et donc, ils peuvent en profiter pour mettre tout ce qui leur reste dans la balance et essayer de renverser la vapeur.
Tout ce que je vous raconte là, ça m’étonnerait que vous l’ayez déjà entendu parler, sauf peut-être les plus informés d’entre vous. Mais il faut que vous ayez conscience que, en fait, on bouge sur un échiquier où il y a tous les enjeux de notre existence. Il se passe des choses quand même totalement hallucinantes.
L’Ukraine finalement est en train de procéder au désarmement, à la tentative de neutralisation de la triade nucléaire russe pour le compte de l’OTAN, et c’est une position extrêmement dangereuse pour la Russie sur le plan existentiel. Donc, elle est dans son droit, à Moscou, dans son droit doctrinal, de répondre par l’utilisation d’armes nucléaires. L’escalade ne fait que commencer.
On est vraiment à un carrefour, si vous voulez. L’Ukraine en pleine déroute militaire peut piquer la Russie au vif grâce au temps. Sans que d’ailleurs la Russie ne soit capable de neutraliser toutes les menaces de manière fiable, on le voit avec les attaques récentes. Certains missiles ont franchi les défenses antiaériennes, qui ne sont pas parfaites. Il y a une énorme supériorité et un développement des normes supérieures électroniques de brouillage, mais ce n’est pas sans ses petits interstices de vulnérabilité.
Et se dit peut-être, si je touche des cibles extrêmement sensibles, ça va placer le commandement à la croisée des chemins et peut-être le mettre en état de vouloir négocier. Et je viens après, il pense peut-être aussi un feu vert pour utiliser des attaques électroniques et des « Shadow Strikes » sur le sol russe. Même si les Allemands, pour l’instant, ne sont pas encore d’accord à ma connaissance, il peut frapper le sol russe, il peut frapper des cibles russes, il peut espérer faire tout basculer.
Il ne faut pas sous-estimer, vous savez, la manière dont les gens se confortent dans leurs illusions et se disent « après tout, on n’a peut-être pas perdu, on y va, il faut bien ». Il faut bien comprendre que l’Ukraine est entrée dans une phase assez asymétrique, une telle asymétrie que j’explique moi depuis des mois, en étant sans arrêt critiqué. Mais en fait, il y a une fois la symétrie mathématique en termes d’hommes et d’équipement, c’est que l’Ukraine doit changer de niveau, changer de mode d’action, de plus en plus de frappes sur les civils.
Elle n’a pas de budget pour recruter, elle n’a pas la capacité de recruter autant d’hommes qu’il lui faudrait, ni d’avoir tous les armements qu’il lui faudrait, etc. Donc, il vaut mieux, en plus, est-ce qu’il verrait ça, une guerre asymétrique, plutôt que de chercher à renverser un rapport de force global sur l’ensemble du front, d’une manière plus conventionnelle, en est bien ».
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