Q SCOOP – Arnaud Mimran, l’escroc à la taxe carbone, mis en cause pour meurtre.


Arnaud Mimran, l’escroc à la taxe carbone, mis en cause pour meurtre.

Publié le 22.05.2021 par ER


Arnaud Mimran. Photo Betrand GUAY / AFP

Dix ans après les faits, cela commençait à ressembler à deux « cold-cases » sans espoir de dénouement. Mais la jonction des dossiers du meurtre d’un escroc à la taxe carbone et de l’assassinat d’un milliardaire a permis à deux juges parisiens d’incriminer comme commanditaire le sulfureux homme d’affaires Arnaud Mimran.

Un homme d’affaires au passif douteux…

En 2008 et 2009, le quadragénaire Arnaud Mimran a réalisé une fraude à la TVA en jouant sur les quotas du carbone. Selon la Cour des comptes, cette escroquerie a coûté au moins 1,6 milliards d’euros au fisc.

En quoi consistait l’escroquerie ? Il s’agissait d’acheter des quotas de CO2 hors taxe à l’étranger avant de les revendre en France à un prix incluant la TVA. Les fonds étaient ensuite investis dans une autre opération. La TVA, elle, ne parvenait jamais à l’État.

…de nouveau mis en cause

Mais les déboires avec la justice ne s’arrêtent pas là. Le businessman a été mis en examen dans deux affaires de meurtres distinctes.

La première concerne Samy Souied. En septembre 2010, cette figure de l’ »escroquerie du siècle sur le marché des quotas d’émissions de CO2 en 2008-2009″, est abattu porte Maillot à Paris. Les tueurs s’enfuient sur un scooter à la plaque volée.

Un an plus tard, en octobre 2011, Claude Dray, milliardaire ayant fait fortune dans le parfum puis l’immobilier de luxe, est quant à lui retrouvé mort par balles dans sa luxueuse villa de Neuilly-sur-Seine. Pas d’effraction, pas de vol et des mobiles à foison.

Mais quel est le lien entre les deux affaires ? Et bien, il pourrait s’appeler Arnaud Mimran. Chacune des deux enquêtes semble d’abord végéter pendant de nombreuses années, malgré quelques « tuyaux » et des soupçons qui portent sur Arnaud Mimran, respectivement ex-partenaire d’affaires de la première victime, et ex-gendre de la seconde.

Entre 2019 et 2020, deux renseignements anonymes relancent les deux enquêtes.

Tous les éléments contre Mimran

Le premier désigne Mimran comme commanditaire et un des frères de la famille Khider, proche du financier, comme « intermédiaire » dans le meurtre de Souied. Le second accuse un membre de la même fratrie Khider, suspectée de « recouvrer des dettes » pour le « golden-boy » de l’époque, d’avoir participé « à une autre exécution sur les indications d’Arnaud Mimran pour accéder au pavillon de la victime ». De quoi établir le lien avec le dossier Dray.

Fêtard, l’amateur de grosses cylindrées et de virées poker à Las Vegas avait un contentieux financier avec Souied évalué à 60 millions d’euros par le témoin de 2013. Autre fait qui met la puce à l’oreille des enquêteurs : Souied a été abattu porte Maillot, là où Mimran lui avait demandé de l’attendre pour lui remettre une bague destinée à sa compagne.

Mimran dément les accusations

Avec Claude Dray, Mimran entretenait des relations houleuses, notamment après une séparation difficile avec sa fille. Mais il s’était rabiboché avec celle-ci quelques semaines avant l’assassinat, ce qui aurait pu lui apporter des informations sur l’accès au domicile de M. Dray, avant de la quitter de nouveau quelques temps après.

L’escroc a pourtant démenti devant les juges. Le 15 avril, il s’est défendu dans une courte déclaration : « Je n’ai jamais été ni le commanditaire ni l’auteur des assassinats de mon ex-beau père en 2011 ni de Samy Souied en 2010 », a-t-il dit.

Selon lui, sa mise en cause est un moyen de l' »empêcher d’être libéré le 9 mai », alors qu’il aura purgé sa peine, mais que les investigations sont toujours en cours.

D’autres assassinats irrésolus

La jonction des deux dossiers pourrait bien permettre d’avancer sur d’autres assassinats irrésolus, potentiellement liés eux aussi à ce cercle de l’escroquerie à la taxe carbone.

Arnaud Mimran, qui n’en fini plus avec la justice, comparaîtra en juin prochain aux assises avec cinq autre accusés pour l’enlèvement et la séquestration en vue d’extorsion d’un richissime financier suisse en janvier 2015


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