Q SCOOP – Kirghizistan: Situation politique extrêmement floue.

Drapeau du Kirghizistan

La situation politique est extrêmement floue au Kirghizistan. C’est bien Sadyr Japarov qui a été nommé par le parlement, mais il n’était pas ancien président, mais simple député avant de partir en exil, puis d’être emprisonné avec plein d’autres pour avoir prétendument fomenté un coup d’Etat. L’ex-président c’est Almazbek Atambayev qui a été libéré de prison par les manifestants durant la nuit viendrait d’être nommé Premier Ministre lors d’une réunion extraordinaire d’une partie du Parlement.


Contestations, manifestations et démissions : le Kirghizstan sous haute tension

Dans ce petit pays d’Asie centrale, des manifestants réclament la démission du président Sooronbaï Jeenbekov et la tenue de nouvelles élections.

Publié le 06 octobre 2020


Après une nuit de violences qui ont fait un mort, et l’annulation des élections législatives du 4 octobre dernier, le Premier ministre du Kirghizstan vient d’annoncer sa démission ce mardi 6 octobre. « L’Obs » fait le point sur la situation.

  • Pourquoi le Premier ministre vient-il de démissionner ?

Le Premier ministre kirghiz Koubatbek Boronov, soutien du président en place, Sooronbaï Jeenbekov, a démissionné ce mardi, remplacé par un homme politique libéré de prison la veille par des manifestants, Sadyr Japarov.

« Sadyr Japarov a été élu Premier ministre de la république kirghize. La décision a été prise lors d’une réunion extraordinaire » du Parlement, a annoncé le service de presse de l’assemblée.

Cette démission intervient alors que des manifestants ont contesté, lundi, le résultat des élections législatives du dimanche 4 octobre.

  • Pourquoi ces manifestations ?

Une manifestation, calme à l’origine, a été organisée lundi à l’appel de plusieurs partis politiques ayant échoué lors de l’élection législative à atteindre les 7 % nécessaires pour entrer au Parlement. Deux partis favorables au chef de l’Etat l’ont emporté dans les urnes.

Des milliers de personnes sont alors descendues dans les rues de la capitale, Bichkek, pour dénoncer ces résultats, réclamer la démission de Sooronbaï Jeenbekov et la tenue de nouvelles élections.

Avant le vote, des soupçons d’achats considérables de voix pesaient sur ces élections. Le chef de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) venue observer les élections, Thomas Boserup, avait jugé que ces « allégations crédibles » suscitaient « une inquiétude sérieuse ».

  • Comment se sont déroulées les manifestations ?

Des affrontements ont éclaté lundi, dans la soirée, après que les forces anti-émeutes ont voulu disperser les protestataires à l’aide de grenades assourdissantes, de gaz lacrymogène et de canons à eau. Les manifestants ont répliqué avec des pavés et d’autres projectiles, se protégeant de policiers avec notamment des poubelles en feu. Les heurts ont fait plus de 600 blessés, dont 164 ont été hospitalisés selon le ministère de la Santé.

A Bichkek, la capitale, des affrontements entre la police et les manifestants ont fait un mort et plusieurs centaines de blessés, dont de nombreux policiers. Le défunt est « probablement un protestataire » du fait de ses vêtements civils, a déclaré à l’AFP une porte-parole du ministère de la Santé.

Les manifestants ont envahi plusieurs bâtiments officiels et le siège du gouvernement. Ils ont également libéré de prison Almazbek Atambaïev, ex-président et ancien allié devenu rival du président actuel Sooronbaï Jeenbekov. D’autres hommes politiques ont aussi été libérés.

  • Qui est l’opposant Almazbek Atambaïev ?

Almazbek Atambaïev, 64 ans, était incarcéré depuis un an dans la prison des services de sécurité après sa condamnation en juin à 11 ans de réclusion, au terme d’un procès considéré comme une lutte de pouvoir avec Sooronbaï Jeenbekov.

L’ex-président, membre du membre du Parti social-démocrate du Kirghizistan, était dans l’attente d’un autre procès pour organisation de troubles massifs et meurtre, lié à son interpellation dans la violence en 2019 qui avait déjà menacé de déstabiliser le pays.

  • Comment ont réagi les autorités ?

Les résultats des élections législatives du « 4 octobre 2020 ont été déclarés aujourd’hui invalidés », a fait savoir la Commission électorale du pays ce mardi.

La présidence kirghize a également affirmé que le chef de l’Etat avait le « contrôle » de la situation dans le pays, a toutefois insisté la présidence kirghize.

  • Y a-t-il des précédents ?

Le Kirghizstan est la plus démocratique des républiques d’Asie centrale, mais aussi la plus instable.

En 2005 et 2010, deux révolutions ont chassé du pouvoir deux présidents, sur fond de dérive autoritaire et de fraudes électorales. Le pays a ensuite connu quelques années de stabilité sous la présidence d’Almazbek Atambaïev, qui quitte le pouvoir en 2017. Son allié, Sooronbaï Jeenbekov lui a alors succédé.


Source : Nouvelle Obs