Q SCOOP – L’ex-patron d’élite, Gérald Marie visé par une enquête pour viol.

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L’ex-patron patron de l’agence de mannequins Elite, Gérald Marie visé par une enquête pour viol, agression sexuelle et viol sur mineur par 4 femmes. #pedocriminels

Publié le 25/09/20


L’ex-patron de l’agence de mannequins Elite accusé de viols

20minutes.frNice, le 3 septembre 2001. Gérald Marie pose au milieu de jeunes femmes qui participent au concours Elite Model Look. — PASCAL GUYOT / AFP

  • Selon nos informations, quatre femmes accusent Gérald Marie, l’ancien patron d’Elite Model Management Europe, d’agressions sexuelles et de viols.
  • Les faits remontent aux années 1980 et 1990 et semblent prescrits. Mais les plaignantes comptent sur l’ouverture d’une enquête pour libérer la parole d’autres jeunes femmes.
  • A près de 70 ans, Gérald Marie travaille toujours dans une agence de mannequins parisienne aujourd’hui.

Vogue Russia, le 2 septembre 2020. Stylist, le 3. Sans oublier le dossier spécial du Harper’s Bazaar en Espagne, le 25 août. Sur son site Internet, l’agence Oui Management affiche fièrement les couvertures des magazines sur lesquelles posent ses mannequins. Créée au début des années 2010, l’agence située dans le 6e arrondissement de Paris s’est fait un petit nom grâce notamment à l’entregent de son propriétaire, Gérald Marie.

L'ancien patron de l'agence de mannequins Elite Europe, Gérald Marie, en janvier 2019.
L’ancien patron de l’agence de mannequins Elite Europe, Gérald Marie, en janvier 2019. – Photo fournie à «20 Minutes»

A près de 70 ans, l’ancien bras droit de John Casablancas est encore aujourd’hui considéré comme une sommité du monde du mannequinat. C’est lui qui a popularisé le concours Elite Model Look à la fin des années 1980. Lui qui a fait éclore des supermodels telles que Naomi Campbell et Linda Evangelista, aussi. Mais aujourd’hui, c’est pour d’autres raisons qu’il risque de faire parler de lui alors que la Fashion Week s’ouvre ce lundi à Paris.

Selon nos informations, l’ancien patron d’Elite Europe est visé par une série d’accusations d’abus sexuels remontant aux années 1980 et 1990. Une plainte pour « agression sexuelle » et trois signalements pour des faits de « viols » et de « viol sur mineur » le visant nommément ont été déposées au parquet de Paris, lundi 21 septembre. Samedi Gérald Marie a « catégoriquement démenti » auprès du Sunday Times les accusations le visant.

Le fondateur de l'agence Elite John Casablancas (gauche), le photographe Patrick Demarchelier (centre) et le président d'Elite Europe Gérald Marie en 1996.
Le fondateur de l’agence Elite John Casablancas (gauche), le photographe Patrick Demarchelier (centre) et le président d’Elite Europe Gérald Marie en 1996. – BOULET/BEBERT BRUNO/SIPA

« Tu commences par lui ! Il a la plus grosse… »

Avocate des quatre femmes à l’origine de la procédure, Anne-Claire Le Jeune sait bien que les faits dénoncés remontent à plus de vingt ans et ne peuvent, pour l’essentiel, plus entraîner de poursuites aujourd’hui. Mais elle assume sa démarche. « Dans de nombreux dossiers similaires, les témoignages de victimes de viols, même prescrits, ont permis d’encourager d’autres victimes à prendre la parole et à déposer plainte à leur tour », confie-t-elle. Comme dans l’affaire Epstein-Brunel, il y a un an, elle espère donc que le parquet ouvrira une enquête préliminaire.

Si tel est le cas, le témoignage de Lisa Brinkworth, auquel 20 Minutes a eu accès, y figurera en bonne place. Cette journaliste britannique est parvenue, à la fin des années 1990, à infiltrer le monde des agences de mannequins afin d’enquêter pour la BBC sur les soupçons d’abus sexuels, justement. C’est dans ce cadre-là qu’elle se retrouve à Milan (Italie), le 5 octobre 1998. Au dîner, il y a des cadres de l’agence Elite, dont Gérald Marie et plusieurs mannequins, certaines âgées d’à peine 16 ans. Elle filme la scène avec une caméra cachée dans son sac à main (lire l’encadré).

La journaliste britannique Lisa Brinkworth en 1998 et aujourd'hui.
La journaliste britannique Lisa Brinkworth en 1998 et aujourd’hui. – Lisa Brinkworth

Après lui avoir demandé de payer l’addition en faisant des fellations à tous les convives – « Tu commences par lui ! Il a la plus grosse… » –, Gérald Marie propose à Lisa Brinkworth de poursuivre la soirée dans « un bar à putes ». Dans cet établissement aux banquettes en velours rouge, l’agent de mannequin insiste, lourdement. « Je te donne 1 million de lires [l’équivalent de 600 euros] si je te baise ! » Dans une ambiance très « boys club », l’un des associés de Gérald Marie tente même de la convaincre : « C’est le patron d’Elite, tu ne connais pas ta chance… » La suite n’a pas été filmée, semble-t-il à cause d’un problème technique.

La journaliste résiste. Mais elle reste sur place pour les besoins de son enquête. Et puis tout bascule. Selon son récit, « tout d’un coup, Gérald Marie s’est assis à califourchon sur moi et a simulé un acte sexuel, raconte-t-elle à 20 Minutes. Je pouvais sentir son érection. J’ai essayé de le repousser. J’étais terrifiée. J’ai cru qu’il allait me violer. Tous les agents d’Elite riaient. »

Portfolio suédois et viol digital

Avec le recul, Lisa Brinkworth se dit qu’elle doit sans doute son salut au fait qu’elle ne s’est pas retrouvée seule avec Gérald Marie. Ce n’est pas le cas des trois autres plaignantes qui ont signalé des faits de « viols » et de « viol sur mineur » au parquet de Paris. Dans des témoignages que 20 Minutes a pu consulter, Jill Dodd, Carré Otis-Sutton et Ebba Karlsson décrivent, toutes les trois, la façon avec laquelle l’ancien patron d’Elite Europe a réclamé des faveurs sexuelles alors qu’elles avaient 19, 17 et 21 ans.

Jill Dodd et Carre Sutton racontent ainsi avoir été violées dans l’appartement même de Gérald Marie, dans lequel elles résidaient à une époque où elles espéraient percer dans le milieu du mannequinat. Quant à Ebba Karlssson, elle explique avoir subi un viol digital dans le bureau de l’agent alors qu’il lui montrait le portfolio d’une de ses compatriotes suédoises. « Si vous voulez être comme elle et mieux, avoir des contrats à six chiffres, vous devez donner quelque chose en retour », lui aurait-il précisé, selon son témoignage.

Un passage surréaliste dans « Tout le monde en parle »

Dans leurs plaintes respectives, les quatre femmes insistent sur leur difficulté à prendre conscience d’avoir été agressées. Et, surtout, sur la difficulté d’en parler aujourd’hui. Elles indiquent qu’elles le font pour éviter que Gérald Marie ne fasse d’autres victimes, alors qu’il est toujours dans le milieu du mannequinat aujourd’hui.

Des propos qui ne devraient pas surprendre l’intéressé. S’il n’a jamais été inquiété par la justice, l’agent de mannequins se débat avec une réputation sulfureuse depuis la fin des années 1990. A l’époque, il avait tenu à se défendre dans l’émission de Thierry Ardisson Tout le monde en parle. Dans une séquence assez surréaliste, il était arrivé sur le plateau flanqué de deux mannequins et avait pris à la légère et en souriant les accusations le visant. Contacté à de nombreuses reprises depuis janvier par 20 Minutes, il n’a jamais souhaité répondre à nos questions.

Si vous avez été témoins ou victimes d’abus dans le monde de la mode ou du mannequinat et souhaitez témoigner, vous pouvez contacter nos journalistes à pberry@20minutes.fr et vvantighem@20minutes.fr

Un accord entre la BBC et Elite au cœur de l’affaire

L’agression présumée de Lisa Brinkworth n’a pas été filmée, mais un témoin était présent : son collègue Donal MacIntyre, qui se faisait passer pour un photographe. Joint par 20 minutes, il renvoie à sa déclaration sous serment de 2001 : « Quand je me suis retourné, j’ai vu que Mr Marie était assis sur Lisa et je l’ai entendue dire avec insistance  »non ». Le temps que je réalise ce qu’il se passait, l’incident était terminé. Lisa était clairement secouée, et quand on est retourné à l’hôtel, elle était en larmes ».

De retour à l’hôtel, la jeune journaliste raconte à chaud ce qu’elle vient de vivre face caméra, à 4h du matin, en compagnie de deux producteurs exécutifs de la BBC. Une source qui a vu l’enregistrement se souvient « qu’elle avait l’air sous le choc, visiblement après un incident de nature sexuelle ». Lisa Brinkworth, elle, dit avoir subi des pressions pour passer l’incident présumé sous silence : « On m’a privé de la possibilité de signaler cette agression aux autorités françaises à l’époque. Des collègues de la BBC m’ont ordonné de ne pas porter plainte car cela aurait mis en péril notre enquête undercover. »

La vidéo de son témoignage se trouve aujourd’hui dans les archives de la BBC, qui a refusé de laisser la journaliste y accéder, à cause d’un accord à l’amiable conclu avec Elite, qui avait attaqué la chaîne en diffamation. Contactée par 20 Minutes, la BBC a refusé de fournir des détails sur les éléments en sa possession, renvoyant à sa déclaration du début des années 2000 : « La BBC reconnaît que son enquête n’a pas révélé d’exploitation sexuelle des jeunes mannequins par les dirigeants d’Elite »

Cette vidéo pourrait se révéler cruciale dans le cadre de sa plainte déposée en France. « Madame Brinkworth a été mise dans l’impossibilité d’avoir accès à ces éléments de preuves. Nous considérons qu’il s’agit là d’un obstacle insurmontable de nature à suspendre le délai de prescription », dénonce son avocate.


Source : 20 minutes