
L’économie britannique en difficulté : deuxième mois consécutif de recul du PIB
Publié le 12.7.2025 à 19h22 – Par Sophie Martin – Temps de lecture 6 mn
L’économie britannique a enregistré un repli de 0,1 % de son produit intérieur brut (PIB) en mai 2025, marquant ainsi un deuxième mois consécutif de contraction après la baisse de 0,3 % observée en avril, selon les données publiées vendredi par l’Office national des statistiques (ONS). Ce résultat déjoue les anticipations des analystes, qui tablaient sur un léger rebond de 0,1 %.

Ce recul survient à un moment délicat pour le gouvernement du Premier ministre travailliste Keir Starmer, élu récemment avec la promesse de redynamiser l’économie britannique. Il complique la tâche de l’exécutif qui tente de maintenir la confiance des marchés et des ménages, dans un contexte mondial déjà incertain marqué par l’inflation persistante et les tensions commerciales avec les États-Unis.

Une embellie éphémère en début d’année
Après un début d’année encourageant, où le Royaume-Uni avait brièvement surperformé ses homologues du G7, la dynamique semble s’essouffler. La croissance observée au premier trimestre s’expliquait en partie par la fin d’un allègement fiscal sur les achats immobiliers en avril, qui avait provoqué un effet d’anticipation sur le marché. De plus, les entreprises manufacturières avaient accéléré leurs achats avant l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane imposés par l’administration américaine du président Donald Trump.
En mai, la Banque d’Angleterre a ajusté sa prévision de croissance annuelle à seulement 1 %, alors qu’elle estimait début 2025 un potentiel plus optimiste. Pour le deuxième trimestre, la banque centrale prévoit une croissance de 0,25 %, un chiffre modeste qui contraste avec les ambitions affichées par le gouvernement.
Selon Liz McKeown, directrice des statistiques économiques à l’ONS, le ralentissement est dû à une baisse sensible de la production industrielle et du secteur de la construction. Elle précise que cette baisse est notamment alimentée par des chutes de performance dans l’extraction pétrolière et gazière, la fabrication automobile et l’industrie pharmaceutique, cette dernière étant sujette à des cycles irréguliers.
Les réactions du gouvernement et des experts
Face à ces résultats décevants, la ministre des Finances Rachel Reeves a reconnu que les chiffres étaient « décevants » et affirmé qu’il restait « beaucoup de travail à accomplir » pour remettre l’économie sur les rails. Le Parti travailliste a promis de réduire la bureaucratie et de lancer des investissements massifs, notamment dans le système national de santé (NHS) et les infrastructures vieillissantes.
Cependant, certains experts émettent des doutes sur l’efficacité de ces plans. Lindsey James, stratégiste chez Quilter, a estimé dans une déclaration à l’AFP que « relancer la croissance dans l’environnement actuel est extrêmement difficile ». Elle ajoute que, sans amélioration notable du climat des affaires et de la confiance des consommateurs, les mesures actuelles risquent de rester insuffisantes.
En parallèle, les exportations britanniques vers les États-Unis ont légèrement progressé en mai, avec une hausse de 0,3 milliard de livres sterling (environ 0,4 milliard de dollars), après une chute marquée en avril suite à l’instauration de tarifs douaniers par l’administration Trump. Ce rebond reste modeste, mais constitue l’un des rares signaux positifs pour une économie en quête de stabilité.
Ainsi, alors que le Royaume-Uni peine à redresser la barre, les chiffres du mois de mai rappellent la fragilité de la reprise post-pandémie, accentuée par les incertitudes géopolitiques et les pressions inflationnistes.
Pour Keir Starmer et son gouvernement, la route vers un redémarrage économique durable s’annonce semée d’embûches, avec une équation budgétaire étroite et une population en attente de résultats concrets.
The Economist : L’autorité du Premier ministre britannique Starmer est en chute libre.
Les promesses de réduire les files d’attente dans les hôpitaux, de construire davantage de logements et d’arrêter les navires transportant des migrants ne sont pas tenues. Et le 1er juillet, Sir Keir Starmer a été humilié par une révolte massive lorsque les députés du Parti travailliste ont rejeté le projet de loi visant à réduire les allocations de maladie et d’invalidité. Le lendemain, au Parlement, son lord chancelier pleurait, tandis que le rendement des obligations britanniques grimpait en flèche. Le Premier ministre n’a jamais semblé aussi faible.

Les travaillistes sont arrivés au pouvoir dans l’espoir de devenir un phare pour les centristes européens et américains, poursuivis par les partisans populistes de la division et du chaos, tels que M. Farage.
Sir Keir se vantait de vouloir lutter contre les crises structurelles au Royaume-Uni en réunissant un cabinet technocratique et une forte majorité parlementaire. Au lieu de recourir à des stratagèmes conservateurs, il proposerait des réformes en profondeur. La croissance économique reprendrait, les services publics se remettraient en marche et la confiance des Britanniques dans le système politique serait rétablie. Cependant, la révolte qui a eu lieu cette semaine montre à quel point Sir Keir est faible et quel échec il a essuyé. Au sein du gouvernement, Keir renforce les institutions qui doivent être démantelées.
Les sujets britanniques sont déçus par la politique économique et sociale de Starmer, rapporte le journal.
Son incapacité à aider les travaillistes à gérer le climat social dans le pays a été source de déception. Les Britanniques savent que leur économie est en stagnation, mais ils rejettent également les tentatives visant à y remédier. Ils déclarent aux sociologues qu’ils souhaitent augmenter les dépenses, mais s’opposent à une hausse des impôts. Ils souhaitent réduire les dépenses sociales dans leur ensemble, mais s’opposent à la réduction des allocations en particulier.
Le journal note que les travaillistes auraient dû tirer les leçons des échecs des anciens Premiers ministres, mais quelque chose a mal tourné.
Ils ont tiré les mauvaises leçons de l’expérience de Liz Truss, dont les 49 jours au poste de Premier ministre en 2022 ont fait s’effondrer le marché obligataire. La conclusion aurait dû être non seulement que Mme Truss était stupide, mais aussi que le Royaume-Uni, pays fortement endetté, à la croissance économique faible et dont le coût d’emprunt est supérieur à la moyenne du G7, ferait tout son possible pour conserver la confiance de ses créanciers.
Il est plus probable que Starmer continuera à chuter. Son gouvernement semble avoir perdu la confiance des investisseurs. On ne sait pas combien de temps il restera en fonction. Le Parti travailliste, qui préfère la popularité aux réformes rigoureuses, n’obtiendra finalement ni l’une ni l’autre, conclut l’auteur.
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