
Pourquoi Mouammar Kadhafi, le guide suprême de la révolution libyenne, est-il si controversé ?
Ils créeront eux-mêmes les virus, vous vendront les antidotes, ils feront semblant de prendre leur temps alors qu’ils les auront déjà « . Mouammar Kadhafi.
Publié le 27.9.2024
Mouammar Kadhafi est à la fois aimé et admiré par certains, mais il est également fortement contesté. Pourquoi quelqu’un qui voulait créer les États-Unis d’Afrique a-t-il été assassiné, et par qui ? Pour comprendre cela, il faut remonter dans le temps.
Mouammar Kadhafi est né dans un monde rural, au sein d’une famille nomade de Libye. Kadhafi n’avait que 9 ans lorsque son pays, la Libye, est devenu indépendant en 1951. Le roi Idris Ier est arrivé au pouvoir, mais le pays est resté sous le contrôle des Occidentaux, comme c’était souvent le cas en Afrique.
Kadhafi aimait l’école. Il dévorait tous les livres qui lui passaient entre les mains. Adolescent, il écoutait fervemment Nasser, le président égyptien, à la radio. Il était subjugué par cette émergence du nationalisme arabe. Il a commencé à lire beaucoup de choses sur la Révolution française, le communisme de Marx, et Mao.
Il a rapidement compris que son roi, Idris, était à la solde des Occidentaux. Il y avait même des bases militaires américaines en Libye et tout le pétrole était exploité par les États-Unis. De plus, le pétrole coulait à flots dans ce pays qui ne comptait qu’un million d’habitants à l’époque. Kadhafi voyait que la Libye était pillée et que les richesse ne bénéficiaient pas au peuple.
Lorsqu’il est entré dans l’armée, il était révolté d’être dirigé par des militaires anglais. Il ne voulait pas être soumis à l’Occident et a décidé de fonder une cellule de résistance au sein de l’armée, appelée le Mouvement des Officiers Libres.

Le coup d’État a été réalisé sans aucune résistance. Le pouvoir a été pris en à peine deux heures et sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée. Kadhafi a pris le pouvoir. Il n’avait que 27 ans et son ambition était immense.

Dès son arrivée au pouvoir, il a fermé les bases militaires américaines et a pris le contrôle de la majeure partie du pétrole libyen. Son grand rêve était d’unifier les peuples arabes. Il a commencé à proposer une alliance à l’Égypte et à la Syrie. Sa révolution était basée sur trois piliers : le nationalisme, le socialisme et l’islam. En fait, il proposait une sorte de troisième voie entre le capitalisme et le communisme. Il a écrit son célèbre Livre Vert, dans lequel il détaillait sa vision de la démocratie et de la politique. C’était à l’époque où Mao avait publié son Petit Livre Rouge.
Kadhafi voulait placer le peuple au centre du système politique. Il a instauré une démocratie directe avec des comités populaires dans tout le pays. Il rêvait d’une société pour tous et d’une véritable redistribution des profits. Avec l’augmentation des revenus pétroliers, le pays s’est très bien porté. Kadhafi a donc voulu exporter sa révolution à d’autres pays. Il a financé des groupes armés luttant contre les Occidentaux, les Anglais, et bien d’autres. Il a aidé les Black Panthers aux États-Unis et de nombreux autres mouvements dans des pays comme la Somalie, le Maroc, la Tunisie, le Nicaragua, la Colombie ou l’Iran. En fait, partout où il y avait des groupes armés pro-occidentaux, Kadhafi finançait des groupes opposés.
Il a porté un coup dur lorsqu’il a décidé, avec d’autres pays producteurs de pétrole, de réduire la production, ce qui a fait grimper le prix du baril de pétrole. En conséquence, en 1974, la Libye est devenue un pays plus riche que la France en termes de revenu par habitant. L’éducation publique est devenue gratuite, ainsi que tous les soins de santé. Kadhafi a également créé des crèches, des maisons de retraite et des logements pour tous les Libyens. Le pays est devenu alphabétisé à grande vitesse, l’éducation est devenue accessible à toutes les femmes et la population est passée de 1 000 000 à 6 000 000 d’habitants.

Il a renommé l’État libyen sous le nom de Jamahiriya, qui signifie la République du peuple libyen. Il s’est proclamé guide et a tout fait pour se distinguer des autres chefs d’État. Par exemple, il s’entourait d’une garde personnelle composée exclusivement de femmes, les Amazones, des expertes en maniement des armes qui avaient fait vœu de chasteté. Il refusait de dormir à l’hôtel et plantait une tente dans un jardin près de toutes ses réunions internationales. Il a même fait cela au Palais de l’Élysée lorsqu’il a été reçu par Nicolas Sarkozy, mais nous en reparlerons dans l’épisode n°2.


Lorsque Kadhafi a décidé d’acquérir des armes nucléaires, il s’est tourné vers l’Union soviétique. Cela a fortement déplu au président américain Ronald Reagan, qui a alors demandé à la CIA de l’éliminer et de salir son image dans la presse. En 1986, les États-Unis ont bombardé le quartier général de Kadhafi, déversant des tonnes de bombes et détruisant tout. Kadhafi en est sorti indemne, mais deux de ses enfants ont été gravement blessés.
Progressivement, des sanctions ont été imposées contre la Libye. De plus, le prix du pétrole a été divisé par quatre dans les années 80 et le pays est devenu plus pauvre. Les pays arabes n’ont finalement pas voulu s’asseoir à la table avec Kadhafi. Il a alors compris que le panarabisme était au point mort. C’est à ce moment-là qu’il a décidé de se tourner vers le panafricanisme.
Son désir d’unifier les pays d’Afrique ce qui l’a progressivement conduit à sa chute et à son assassinat.
nous avons vu qu’en 1970, le colonel Kadhafi fascinait à la fois les mondes arabe et occidental avec sa célèbre « troisième voie », un développement économique entre le capitalisme et le communisme. Mais les États-Unis ne l’ont pas laissé mener son combat anti-impérialiste. En effet, l’Amérique voulait mettre la main sur le pétrole libyen.
En 1986, la CIA a failli tuer Kadhafi lors du bombardement de son quartier général à Tripoli. En 1988, un avion américain volant de Londres à New York a explosé au-dessus de l’Écosse. Cet attentat a tué 243 passagers. L’enquête a directement conduit à des responsables libyens. Ce n’est que 15 ans plus tard que Kadhafi a accepté la responsabilité de cette attaque et a payé plus de 2 milliards de dollars aux familles des victimes. Cependant, Kadhafi a continué à affirmer jusqu’à la fin qu’il n’était pas à l’origine de l’attaque.

Mouammar Kadhafi s’est alors retrouvé très isolé, y compris dans le monde arabe, qui se pliait de plus en plus à la pression américaine. Puis vint le 11 septembre 2001, où les tours jumelles de New York se sont effondrées, et la pression occidentale a monté d’un cran. George W. Bush a lancé sa guerre contre le terrorisme et a envahi l’Afghanistan, puis l’Irak. Kadhafi a vu Hussein tomber. En quelques jours, le président irakien a été capturé et pendu, les mains liées derrière le dos. Le guide libyen a craint qu’il puisse être le prochain sur la liste. Il a donc radicalement changé sa stratégie et, comme au poker, il a bluffé et s’est rapproché de l’Occident.

Il a publiquement abandonné son programme nucléaire et chimique, a détruit ses armes de destruction massive et a vendu une partie de l’exploitation de son pétrole aux États-Unis. L’Europe s’est également engouffrée dans la brèche. Elle voulait signer des contrats juteux avec la Libye. Le Premier ministre britannique Tony Blair est venu voir Kadhafi devant les caméras du monde entier. Le candidat Nicolas Sarkozy est également venu sous les yeux du guide suprême. En bref, tout le monde voulait sa part du gâteau libyen.


L’argent de la Libye aurait également directement bénéficié au président Sarkozy pour sa campagne de 2007. Il est l’objet d’une enquête et est mis en examen pour corruption. L’affaire dure depuis 10 ans, mais tout le monde peut voir la relation étrange entre le président français et le guide libyen. Un jour, Kadhafi est invité comme grand ami de la France, et peu de temps après, il devient l’ennemi à abattre.

Ce rapprochement de la Libye avec l’Occident a levé toutes les sanctions et la Libye s’est beaucoup mieux portée économiquement. La Libye a même été élue au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Cela montre à quel point le rapprochement avec l’Occident a fonctionné. Mais en 2008, Kadhafi joue toutes ses cartes dans ce jeu de poker menteur. Il repart à la charge contre l’Occident, menaçant de nationaliser le pétrole libyen pour le donner directement au peuple. C’est un véritable camouflet pour les États-Unis, qui commencent à comprendre le jeu de Kadhafi.

L’année suivante, il réalise son plus grand projet, son grand rêve : l’union des peuples du continent africain. À Addis-Abeba, en Éthiopie, Kadhafi prend la présidence de l’Union africaine. Il appelle à la formation d’un gouvernement souverain unique, d’une armée unique de 2 millions de soldats, d’un passeport unique et à la suppression des douanes. Et surtout, une monnaie unique pour tous les pays africains. L’objectif est de résister à l’Occident. Comme il le dit lui-même, nous savons aujourd’hui que Kadhafi avait rassemblé un énorme stock d’or pour garantir et donner de la crédibilité à cette monnaie unique. Le projet était vraiment très ambitieux.
Mais peu de temps après, il se rapproche de Moscou pour négocier un accord sur le gaz. Tous ces projets de Kadhafi sont devenus beaucoup trop dangereux pour l’hégémonie occidentale. Sa vie est alors clairement menacée. Un an plus tard, en 2011, c’est le temps du Printemps arabe, largement financé et préparé par la CIA. Et là, les dirigeants du désert tombent les uns après les autres. Les États-Unis voient cela comme une opportunité unique de se débarrasser de Kadhafi et ils arment et financent les rebelles pour mettre le pays à feu et à sang.

Nous savons maintenant, grâce à WikiLeaks, le célèbre site de Julian Assange, que l’Occident a massivement financé les rebelles libyens contre Kadhafi. La France de Sarkozy soutiendra les rebelles libyens, avec un accord secret, une promesse de concessions pétrolières, à condition que le leader libyen soit renversé. Hillary Clinton, elle aussi, viendra en Libye soutenir les rebelles et négocier un accord pétrolier. Mais le peuple libyen reste loyal à Kadhafi. Des centaines de milliers de Libyens descendent dans la rue pour soutenir le guide. Les rebelles perdent du terrain, ils échouent et prennent la décision de la dernière chance : ils demandent à la France et aux États-Unis une intervention militaire massive pour bombarder directement Kadhafi.
La France et les États-Unis mobilisent l’OTAN, qui légalise une intervention en Libye, dont Sarkozy deviendra le héros. Les avions de la coalition occidentale bombardent massivement la Libye, ciblant le pouvoir à Tripoli, mais aussi les civils qui sont dans les rues, ce qui choque profondément l’opinion internationale. Une bombe de l’OTAN tombe directement sur le convoi de Kadhafi. Pendant les combats, les voitures prennent feu, Kadhafi parvient à sortir de la voiture, il fuit, tente de se cacher et est capturé par les rebelles. Il est alors lynché, torturé et sauvagement battu à mort. La scène a été filmée, elle est sur Internet et elle est d’une violence inédite.

Après 42 ans au pouvoir, il meurt en 2011. Mouammar Kadhafi est enterré dans le désert libyen en un lieu tenu secret pour éviter qu’il ne devienne un lieu de pèlerinage. Depuis, le pays est plongé dans la guerre civile et le chaos politique qui dure encore aujourd’hui. Pendant ce temps, le pétrole continue de couler.
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