Q SCOOP – Pass sanitaire : « C’est l’âme même du bistrot que l’on tue » dénoncent les gérants d’un commerce du Finistère.


Pass sanitaire : « C’est l’âme même du bistrot que l’on tue » dénoncent les gérants d’un commerce du Finistère

Publié le 18.7.2021 par Emmanuelle Bourdy


Illustration  (GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP via Getty Images)
Illustration (GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP via Getty Images)

« Nous n’avons pas été embauchés pour mener une politique sanitaire et faire le boulot de la gendarmerie », expliquent Margot et Florian, les gérants du Melar dit, le seul café-épicerie de Locmélar, un petit village de 500 âmes situé au pied des Monts- d’Arrée (Finistère). Ces deux trentenaires ont très mal pris la nouvelle mesure sanitaire annoncée par Emmanuel Macron lundi dernier.

C’est un cri du cœur que lancent Margot et Florian sur Facebook, abasourdis par l’annonce d’Emmanuel Macron ce lundi 12 juillet. Le chef de l’État a en effet déclaré que dès le 1er août, les exploitants de bars et de restaurants, entre autres, devront se plier à une vérification du pass sanitaire avant de faire entrer toute personne dans leur établissement. Un projet de loi qui sera présenté officiellement ce lundi 19 juillet, prévoyant une amende de 45 000 € et une peine de prison d’un an si le gérant n’a pas respecté ces mesures.

« Au Melar dit, notre job est d’accueillir, non de sélectionner »

Une peine bien lourde qui attriste Margot et Florian au plus haut point. Car s’il y a bien un endroit où l’on peut se retrouver pour se rencontrer, discuter, écouter des histoires, mais aussi boire un verre, faire ses courses ou encore assister à un concert, c’est bien le leur. C’est d’ailleurs « l’accueil de toutes et tous, sans aucune distinction », qui constitue le « socle de valeurs » des deux trentenaires et même « l’ADN du lieu », ainsi que le rappelle Florian.

Venant de Loire-Atlantique, c’est grâce au « bouche-à-oreille » que les deux trentenaires ont ouvert Le Melar dit, en 2019, rapporte France 3 Bretagne« Nous avions clairement envie d’ouvrir un lieu comme celui-ci, un café qui met le lien social en avant, c’est essentiel pour se connaître, partager des opinions. C’est l’essence même de notre démarche », explique Margot, qui ne voulait en aucun cas que cet endroit devienne « un club fermé ».

« La ligne rouge a été franchie »

« Avec le pass sanitaire, c’est l’âme même du bistrot que l’on tue, et notre éthique personnelle de bistrotiers que nous mettons à mal », confient les gérants du Mélar dit sur Facebook. « Le pass sanitaire revient à sélectionner, faire le tri et à être en contradiction avec nos statuts », se désole Florian. « La ligne rouge a été franchie », estiment Margot et Florian. Ayant écrit ce message sur Facebook le 14 juillet dernier, ils rappellent de plus que ce jour est marqué de trois notions qui leur semblent désormais bien éloignées de leur réalité, à savoir la Liberté, l’Égalité et la Fraternité.

Margot et Florian ne pensaient pas qu’ils devraient, deux ans après l’ouverture de ce lieu, jouer le rôle de « gendarmes ». « Qui sommes-nous, gérants de bistrot, pour refuser de servir une personne plutôt qu’une autre ? Qui sommes-nous pour juger que telle ou telle personne est ‘en règle’ ou au contraire ‘irresponsable’ ? » s’interrogent-ils encore sur Facebook.

Et si Le Melar dit a pu voir le jour, c’est grâce à la participation active des gens du village qui ont mis la main à la pâte « de manière collective » pour remettre en état le lieu, les deux trentenaires sont d’ailleurs salariés de ce bistrot-épicerie monté en société coopérative d’intérêt collectif, précise France 3. Ce qui leur « tord le bide », c’est que désormais, « parmi ces gens-là, il y en a à qui l’on va devoir refuser l’entrée de notre établissement à cause du pass sanitaire, alors qu’ils ont contribué physiquement à sa création. C’est très violent ! »

Depuis le début de cette crise, « on navigue à vue »

« Nous, nous ne posons pas la question du ‘comment gérer ce pass sanitaire’ mais plutôt celle du ‘pourquoi’. Car elle est là, la question de fond », souligne Margot, qui ajoute : « Nous réagissons sur l’éthique que cela amène dans nos professions. »

Depuis le début de cette crise, « on navigue à vue […]. On attend de voir ce que la loi dira, s’il y aura des aménagements », soulignent Margot et Florian qui déclarent se sentir « perdus » après l’annonce de ces nouvelles mesures gouvernementales.

D’autres bistrots de villages et le commerce des Monts-d’Arrée ont décidé ensemble de se fédérer et d’échanger sur ce sujet épineux. Un « communiqué commun » sera d’ailleurs rédigé, ont expliqué les deux gérants du Melar dit.

France 3 Bretagne précise que ce lieu était d’ailleurs resté ouvert durant les confinements, alors même qu’ils auraient eu « plus d’intérêt économique » à le fermer. Leur but était déjà de faire « un lieu d’accueil pendant ces temps d’isolement », un moyen de « rompre leur solitude », explique Margot.


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