Q SCOOP – Fauci : des courriels révèlent comment ont été rédigés les articles influents pour établir la théorie des origines naturelles du Covid-19.


Fauci : des courriels révèlent comment ont été rédigés les articles influents pour établir la théorie des origines naturelles du Covid-19

Publié le 12.6.2021 par JEFF CARLSON et HANS MAHNCKE


(L-R) Thea Fischer, Marion Koopmans, Peter Daszak and other members of the World Health Organization (WHO) team investigating the origins of the Covid-19 pandemic, leave the Hilton Wuhan Optics Valley Hotel in Wuhan, on Jan. 29, 2021. (HECTOR RETAMAL/AFP via Getty Images)

(De gauche à droite) Thea Fischer, Marion Koopmans, Peter Daszak et d’autres membres de l’équipe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’enquêter sur les origines de la pandémie de Covid-19, quittent l’hôtel Hilton Wuhan Optics Valley à Wuhan, le 29 janvier 2021. (HECTOR RETAMAL/AFP via Getty Images)

Les deux articles les plus importants promouvant la théorie des « origines naturelles » de l’épidémie du Covid-19 ont été rédigés par des scientifiques faisant partie d’une équipe d’ « experts » envoyée par les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (NASEM), en réponse à une demande d’un responsable de la Maison-Blanche.

Ces articles influents ont été largement utilisés par les organisations médiatiques pour promouvoir la théorie des origines naturelles, tout en tournant en dérision les théories alternatives y compris celle d’une possible fuite du laboratoire comme des théories du complot.

Les articles semblent avoir provenir d’un effort coordonné à partir d’une téléconférence organisée le 1er février 2020 par le Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des allergies et maladies infectieuses (NIAID), et par le Dr Jeremy Farrar, directeur du Wellcome Trust britannique, qui a eu lieu après qu’un groupe de responsables de la santé s’est démené fin janvier 2020 pour répondre aux rapports publics sur un lien potentiel entre le Covid-19 et le Wuhan Institute of Virology en Chine.

À la suite des conversations des responsables, la discussion publique sur la possibilité que la source soit une fuite de laboratoire a été activement supprimée par les plateformes de réseaux sociaux, les responsables de la santé et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le premier article, conçu plutôt comme une lettre ouverte au public, a été publié le 19 février 2020 et signé par un certain nombre de scientifiques. Un courriel envoyé tôt le matin du 6 février 2020 (p. 251), obtenu grâce à une demande de la loi sur la liberté de l’information par la fondation U.S. Right to Know (peut se traduire par « droit de savoir États-Unis »), a révélé que le président d’EcoHealth, Peter Daszak, a rédigé la lettre appelant à la « solidarité avec tous les scientifiques et professionnels de la santé en Chine ».

L’organisation du Dr Daszak a reçu par le passé 3,7 millions de dollars de financement du NIAID, l’institut dirigé par le Dr Fauci, dont au moins 600 000 dollars ont été envoyés à l’Institut de Wuhan (WIV).

Le laboratoire P4 sur le campus de l’Institut de virologie de Wuhan. (Hector Retamal/AFP via Getty Images)

La lettre de Peter Daszak déclare que « le partage transparent des données sur cette épidémie est maintenant menacé par les rumeurs et la désinformation autour de ses origines ».

« Nous nous unissons pour condamner fermement les théories du complot suggérant que le Covid-19 n’ait pas une origine naturelle », indique la lettre signée par 27 scientifiques.

Le deuxième article, « The Proximal Origin of SARS-CoV-2 », publié le 17 mars 2020 dans la revue Nature, visait la communauté scientifique. Cet article était dirigé par l’« auteur correspondant » Kristian Andersen, qui a récemment supprimé tout son profil Twitter, ainsi que quatre autres chercheurs.

Notamment, sur les cinq scientifiques crédités de la rédaction de l’article, quatre avaient directement participé à la téléconférence Fauci-Farrar, décrite dans un courriel ddu Dr Farrar du 1er février 2020 (p. 3 197) comme une « discussion […] partagée en toute confidentialité ».

Le seul auteur qui n’était pas présent à la téléconférence du 1er février 2020 s’est depuis rétracté.

NASEM : des données supplémentaires sont nécessaires pour déterminer l’origine et l’évolution du virus.

Immédiatement avant que le Dr Daszak ne fasse circuler l’ébauche de la lettre du Lancet, une réunion (p. 116) a eu lieu le 3 février 2020, organisée par les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (NASEM), à laquelle auraient participé « des responsables du FBI, du Bureau du directeur du renseignement national, ainsi que des NIH et du ministère de la Santé et des Services sociaux ».

La réunion organisée à la hâte a eu lieu le même jour où la demande de cette même réunion a été faite, et a été faite par le directeur du Bureau de la politique sur les sciences et technologies des É.-U (OSTP) de la Maison-Blanche, Kelvin Droegemeier, qui a demandé aux Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine d’« aider à déterminer les origines de 2019-nCoV ».

La réunion des NASEM a eu lieu deux jours après la téléconférence Fauci-Farrar. Des courriels internes du Dr Fauci publiés grâce à des demandes de documents ouverts révèlent que la téléconférence a été provoquée par la publication d’un article dans la revue Science qui faisait référence à un article de Nature du 9 novembre 2015 sur des expériences de gain de fonction qui étaient menées au laboratoire de Wuhan en utilisant des « virus chimériques » chez les souris et financées par l’organisation du Dr Fauci.

La réunion de la NASEM comprenait une présentation de 10 minutes (p. 116) d’Anthony Fauci au cours de la réunion d’une heure, et comprenait également Peter Daszak et Kristian Andersen.

Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses, au Capitole à Washington le 26 mai 2021 (Sarah Silbiger-Pool/Getty Images)

Les courriels internes suggèrent qu’il y a eu un débat interne important après la réunion officielle – tant de la part des responsables de la NASEM que des experts appelés par l’organisation pour obtenir des conseils – sur la réponse officielle à la demande du Dr Droegemeier, directeur du Bureau de la politique sur les sciences et technologies des É.-U. (OSTP).

Kristian Andersen a répondu à la discussion de Peter Daszak et du reste du groupe d’experts par courriel (p. 125) le 4 février 2020, en écrivant : « Je me demande vraiment si nous devons être plus fermes sur la question de savoir si le virus a été fabriqué artificiellement. Les principales théories farfelues qui circulent actuellement laissent entendre que ce virus a été conçu de manière intentionnelle, mais ce n’est manifestement pas le cas. La bio-ingénierie peut signifier beaucoup de choses, il pourrait avoir été créé autant pour la recherche fondamentale que pour des raisons malveillantes, mais les faits montrent de manière concluante que ce n’est pas le cas. »

Cependant, quelques jours auparavant, juste avant la téléconférence Fauci-Farrar du 1er février 2020, Kristian Andersen avait envoyé à Anthony Fauci un e-mail dans lequel il notait qu’ « il faut regarder de très près toutes les séquences pour voir que certaines des caractéristiques semblent (potentiellement) avoir été conçues ».

La réponse de la NASEM a également été influencée par Trevor Bedford, un biologiste informaticien qui a suggéré : « 1. Je ne mentionnerais pas les sites de liaison ici. Si vous commencez à peser les preuves, il y a beaucoup de choses à considérer pour les deux scénarios. 2. Je dirais : ‘aucune preuve de génie génétique’, point final. »

Les événements évoluaient rapidement. Le 4 février 2020, Andrew Pope, de la NASEM, a écrit aux participants en indiquant : « Les plans ont changé en ce qui concerne notre produit. Au lieu d’une publication sur le web ‘Based on Science’, nous élaborons maintenant une lettre qui sera signée par les 3 présidents de nos 3 académies. »

Après de longues délibérations, une réponse de Marcia McNutt, John Anderson et Victor Dzau de la NASEM a été envoyée le 6 février 2020 au Dr Droegemeier de la Maison-Blanche, qui a noté que la NASEM avait « consulté des experts de premier plan […] qui pourraient aider à élucider l’origine et l’évolution de 2019-nCoV ».

La lettre contenait l’avis officiel du groupe d’experts du NASEM, qui « nous a informés que des données supplémentaires sur la séquence génomique d’échantillons viraux géographiquement et temporellement diversifiés sont nécessaires pour déterminer l’origine et l’évolution du virus ».

Des ébauches des lettres de Daszak et Andersen circulent

La veille de la sortie de la réponse officielle du NASEM, cependant, Peter Daszak faisait déjà circuler sa lettre rejetant les origines du laboratoire comme une théorie du complot. Et selon le co-auteur de Kristian Andersen, Robert Garry, une ébauche de l’article d’Andersen du 17 mars 2020 intitulé « The Proximal Origin of SARS-CoV-2 » pour Nature circulait également au moment de la réponse du NASEM.

Ralph Baric, un virologue qui a collaboré avec le directeur de l’Institut de virologie de Wuhan, Shi Zheng-Li, sur des expériences de gain de fonction, a été inclus dans les premières versions de la lettre de P. Daszak. Dans un courriel daté du 6 février 2020, Daszak a écrit qu’il n’était « pas nécessaire que vous signiez la ‘Déclaration’, Ralph », ce à quoi Ralph Baric a répondu : « Je pense aussi que c’est une bonne décision. Sinon, cela semble égoïste et nous perdons de l’impact. Ralph. »

Notamment, Ralph Baric était l’auteur correspondant de l’article de Nature du 9 novembre 2015 qui a déclenché la brouille initiale menant à la conférence téléphonique du 1er février 2020 initiée par MM. Fauci et Farrar.

Pendant la circulation de ses ébauches, le Dr Daszak a dit aux gens (p. 273) : « J’ai dressé une première liste ci-dessous. Veuillez suggérer les noms de vos collègues qui, selon vous, pourraient également être disposés à soutenir cette initiative. »

Peter Daszak a terminé (p. 274) en disant à ceux qui étaient au courant de la première ébauche : « Veuillez noter que cette déclaration ne portera pas le logo de l’Alliance EcoHealth et ne sera pas identifiable comme provenant d’une organisation ou d’une personne en particulier, l’idée est d’avoir une communauté soutenant nos collègues. »

Il est intéressant de noter que la veille, lorsque Peter Daszak a commencé à faire circuler son projet, il a déclaré qu’il « ne devrait pas signer cette déclaration, afin qu’elle ait une certaine distance par rapport à nous et ne fonctionne donc pas de manière contre-productive ». Le Dr Daszak a poursuivi : « Nous la diffuserons ensuite d’une manière qui ne la relie pas à notre collaboration afin de maximiser une voix indépendante. »

On ne sait pas exactement pourquoi le Dr Daszak a changé d’avis et est finalement devenu signataire de la lettre.

L’article du Lancet du 19 février a été signé par 27 scientifiques du monde entier. Bien que seuls deux signataires, Jeremy Farrar et Christian Drosten, aient été présents à la téléconférence du 1er février, au moins cinq d’entre eux étaient directement affiliés à EcoHealth Alliance. En outre, deux étaient des partenaires d’EcoHealth. Ces affiliations n’ont pas été déclarées dans la lettre du Lancet. Au lieu de cela, les auteurs ont spécifiquement déclaré qu’ils n’avaient pas de conflits d’intérêts.

En outre, cinq des signataires ont travaillé avec ou pour le Wellcome Trust dirigé par Jeremy Farrar.

Certains signataires non affiliés à la téléconférence du 1er février ou à EcoHealth ont récemment changé d’avis sur les origines du virus. Stanley Perlman dit maintenant que la théorie de la fuite du laboratoire est « de retour sur la table« . Et le signataire Charles Calisher affirme qu’il était « exagéré » de qualifier la fuite de laboratoire de théorie du complot.

Un autre signataire, Peter Palese, exige désormais une enquête en bonne et due forme. Plus particulièrement, Bernard Roizman, professeur à l’université de Chicago, a déclaré que le virus provenait du laboratoire en raison d’une « négligence », affirmant que le personnel du laboratoire de Wuhan « ne peut pas admettre avoir quelque chose d’aussi stupide ».


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